Travailler autrement : Noëmi Joncour, traductrice freelance expatriée aux Etats-Unis

Il y a 3 ans, Noëmi, son mari et leurs trois enfants ont quitté Marseille pour Charlotte, dans le Sud des États-Unis. Travaillant déjà comme traductrice freelance en France, Noëmi a décidé de poursuivre son activité là-bas.

Depuis combien de temps travaillais-tu en freelance avant ton installation aux États-Unis ?
Nous avons déménagé aux États-Unis en mars 2017, je travaillais en freelance depuis octobre 2012.

Est-ce que cela a été simple/compliqué (administrativement) de transférer ton activité à l’étranger ?
J’ai gardé mon EURL ouverte en France ne sachant pas trop combien de temps nous allions rester expatriés. J’ai ensuite ouvert l’équivalent aux USA et basculé progressivement la grande majorité de mes clients sur l’entité américaine. Je facture toujours certains clients sur mon EURL, car c’est plus facile pour certains et cela me permet de continuer à cotiser à la retraite, à la sécu, etc…

Est-ce que tu as pu tout de suite te remettre à travailler en arrivant sur place ?
Non, j’ai dû ralentir fortement mon activité, car le « culture shock » a été important. Mon mari a commencé son nouveau poste sur les chapeaux de roues et nos 3 enfants n’avaient jamais mis les pieds aux USA, ne parlaient pas un mot d’anglais… leur adaptation scolaire et linguistique était pour moi une priorité.

À Marseille, tu louais un bureau dans un espace de coworking. As-tu pu trouver une structure équivalente à Charlotte ?
Après un an aux USA, j’ai tenté l’aventure dans un coworking mais malheureusement je n’y ai pas retrouvé la convivialité marseillaise. J’y allais pour rencontrer de nouvelles personnes, échanger sur les pratiques de travail, réseauter…. Malheureusement, chacun travaillait dans son coin donc après 3 mois, j’ai compris que cela ne répondrait pas à mes attentes.

As-tu pu conserver tous tes clients ? Comment est-ce que cela s’est passé (distance, décalage horaire…) ?
J’ai conservé tous mes clients. Le décalage horaire n’a pas été un problème. Je commence mes journées tôt pour être sure de pouvoir répondre aux demandes de mes clients en fin de matinée en France. Mes clients savent que je suis aux États-Unis et ne s’attendent pas à ce que je leur réponde à 8h du matin.

Est-ce que tu as pu développer ton business sur place ?
J’ai décroché un nouveau client américain qui est le Lycée Français de New York avec qui je travaille désormais quasi quotidiennement depuis 2 ans, mais pas d’entreprise locale en Caroline du Nord.

Quelles sont les difficultés auxquelles tu as été confrontée dans ton activité au quotidien ? Au contraire, y a-t-il des démarches qui t’ont paru plus simples qu’en France ?
Aucune difficulté au quotidien pour ce qui est de mon activité pure. Installation quasi immédiate d’internet, la création de ma société a pris 10 minutes en ligne et validée en 2h par retour de mail par les autorités compétentes. Pas d’Urssaf, pas de RSI, pas de CIPAV, aucune cotisation obligatoire donc c’est très facile, aucune lourdeur administrative, mais le revers de la médaille est que je ne cotise à rien….

Si tu compares, penses-tu qu’il est plus facile de travailler en freelance en France ou aux États-Unis ?
La mise en route est plus facile aux États-Unis, tu n’as même pas besoin de créer une structure pour commencer à travailler, tu peux faire des missions en freelance avec ton numéro de sécurité sociale. En revanche, c’est un statut encore plus précaire qu’en France puisque si l’on veut cotiser pour la retraite la santé, etc… ce sont des assurances privées.

Tes enfants étaient tout petits à ton arrivée aux États-Unis, est-ce que l’école ou les structures d’accueil t’ont aidée pour avoir des journées de travail « standard » ?
Non, officiellement l’école commence à 5 ans ici donc je me suis retrouvée en arrivant avec 2 enfants non scolarisés. Il y a de nombreuses preschool (sorte de jardin d’enfants de 9h à 13h majoritairement dans les églises) ou des daycares (crèche), mais c’est un budget très important et aucune aide type CAF, allocations familiales pour le financement.
Nous habitons dans le sud des États-Unis, la religion est très présente et beaucoup de femmes ne travaillent pas pour s’occuper de leurs enfants.

Qu’as-tu appris (sur toi-même/sur ton métier) en travaillant « autrement », dans un autre pays, avec d’autres méthodes ?
J’ai réalisé la chance que j’avais d’avoir un métier que je pouvais emmener avec moi au bout du monde. Après le temps d’adaptation, une fois la routine américaine adoptée pour toute la famille, je me suis retrouvée très isolée à travailler seule, dans un environnement où les gens sont chacun chez eux et ne s’ouvrent pas facilement aux autres. Ces moments de solitude m’ont permis de faire une petite introspection et j’en ai aussi profité pour me faire accompagner par une coach pour m’aider à me remotiver et faire un point sur mes choix professionnels et m’aider à avancer.

Vous avez prévu de rentrer en France dans un an. Comment envisages-tu ton retour ?
Professionnellement parlant, cela ne va rien changer ou presque. Il me suffira de communiquer avec mes clients et de fermer la structure américaine. Même si je suis contente de rentrer je sais que je vais avoir du mal à me réhabituer à la culture « pleurnicharde » des Français. Le positivisme américain, même si parfois c’est trop (surtout pour les Français) a le mérite d’être motivant !

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