Notes, évaluations… quand s’arrête-t-on ?

Ma première grosse déception avec les notes a eu lieu en CE2. J’avais décidé d’avoir 20 de moyenne au premier trimestre. J’ai eu 19,6, à cause d’un 9/10 en récitation et d’un 9/10 en rédaction. Quand la maîtresse m’a donné mon bulletin, j’ai pleuré toute la journée. Le soir, elle m’a raccompagnée jusqu’à la voiture, disant à ma mère « elle est déçue de ses notes, impossible de la consoler ». Ma mère a dit « je suis fière de toi quand même, c’est très bien« , « très bien, c’est 20« , ai-je sangloté. La maîtresse a répondu qu’elle « ne pouvait pas » mettre 10/10 en rédaction et en récitation. « Pourquoi ? » « Parce que ça ne peut pas être parfait« .
Voilà comment naît un traumatisme. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je déteste les notes.

Et pourtant, j’ai le sentiment que les notes ont de nouveau envahi ma vie, alors qu’il y a bien longtemps que je suis sortie du système scolaire. Lorsque je donne des formations, je remets à mes stagiaires une « fiche d’évaluation ». C’est le pire moment. J’ai essayé de ne pas les lire, mais ça me trotte quand même dans la tête ensuite. Je me souviens du premier organisme où j’ai donné une formation, de la « recruteuse » qui m’a dit sur un ton jubilatoire « très satisfait, on le traduit par 20, satisfait, c’est 15. Veillez à ce que votre moyenne reste au-dessus de 17, sinon…« .

Une ancienne statisticienne a assisté à l’une de mes formations. Elle m’a expliqué que lors des grandes enquêtes internationales, les notes données par les Français sont systématiquement revues à la hausse pour pouvoir être exploitables. Car un Français très content mettra un 15/20, alors qu’un Américain moyennement satisfait choisira 18. Les Français sont pointilleux, sourcilleux. Je le constate sur la plupart des questionnaires d’évaluation que je reçois. Un commentaire dithyrambique et à côté, la case cochée est « satisfait ». A chaque fois que je donne une formation, c’est un stress énorme, des cauchemars la nuit qui précède. Je pensais que ça s’arrangerait avec le temps. Pas du tout. Je forme les gens sur des sujets que je connais sur le bout des doigts, que j’ai expérimentés durant toute ma vie professionnelle. J’ai des tonnes d’exemples à leur donner. Je réponds à toutes leurs questions, m’adapte à leurs demandes, leur envoie plein de documents complémentaires… Ce n’est jamais assez pour être parfait.

Au rez-de-jardin de ma maison ici à Marseille, il y a un appartement que nous louons sur Booking depuis l’année dernière. Et chaque voyageur est susceptible de mettre une note. Toujours pareil, des gens très contents notent à 8/10. Ils ont la plupart du temps un truc à redire « La rue est étroite, je n’ai pas trouvé de place pour me garer« . Une fois, c’était « 5/10 », sans commentaire. J’ai contacté les gens, qui avaient noté anonymement (j’aime !) mais que forcément j’avais reconnus puisqu’ils étaient les seuls de la semaine à avoir loué pour une nuit, en leur demandant ce qui leur avait déplu, de manière à ce que je puisse améliorer les choses… Ils ne m’ont pas répondu. Quant à celle qui a mis 4, elle m’a parlé « d’un long cheveu blond » sur ses draps et « d’une odeur générale de pipi de chat« . Bien entendu, d’un chat imaginaire et comme elle avait elle-même de longs cheveux blonds… Je ne parle pas des gens très contents qui mettent 10, il y en a beaucoup, mais j’ai l’impression de faire énormément d’efforts et de ne jamais être « récompensée » à la hauteur de l’investissement (bon, j’ai sans doute un travail à faire sur moi, je sais très bien que ce n’est pas ma « valeur personnelle » qui est notée, mais à chaque fois, je reviens en CE2…).

Au début de cette année, j’ai essayé Vinted. Pour vendre des trucs d’occasion. Quand j’ai présenté à 20 € un livre neuf que j’ai acheté il y a 6 mois 39 € en librairie, j’ai eu une proposition à 15 €. J’ai refusé. Et la même personne m’a recontactée avec un sibyllin « allez, 17 €, pour le geste ?« . Pour le geste ? Une vente à 50 %, ce n’est pas déjà un geste ??? J’ai retiré le livre de la vente. Ce monsieur n’aura qu’à aller négocier avec son libraire !
Une autre, à qui j’ai vendu 8€ le déguisement de carnaval porté une fois par ma fille (acheté au moins 20 €), a mis 3/5 parce qu’elle l’avait reçu froissé…

Tout ça me fatigue, m’exaspère, parfois m’empêche de dormir. Et je ne suis certainement pas la seule. L’année dernière, j’ai repéré un restaurant de quartier qui venait d’ouvrir. Le soir où j’ai réservé, il n’y avait que nous. Plats délicieux, mais le patron-serveur était tellement empressé que c’était presque comique. Et nous avons compris à la fin. « Si ça vous a plus, pourrez-vous mettre une bonne note sur…?« . Je trouve ça terrible. Dans ce restaurant très bon et bien placé, il y a un couple, elle en cuisine et lui en salle, qui tremble à l’idée d’être mal noté. Ou pas noté, donc ignoré ? J’ai bien sûr mis la meilleure note et comme commentaire « parfait ». J’ai participé à ce système que je déteste, mais au moins ça fait une très bonne note. Une note parfaite ;-).

Je ne posterai plus de nouvelle annonce sur Vinted. J’ai mis mon appartement en loc’ sur Le Bon Coin (pas de système de note sur ce site, pour l’instant !). Quant à la formation… aujourd’hui je n’ai pas le choix. Une amie m’a raconté une formation à laquelle elle avait assisté. La formatrice leur a fait remplir l’évaluation en restant debout derrière eux, regardant par-dessus leur épaule. Mon amie n’était pas très contente, mais a coché « très satisfaite », « pour avoir la paix » m’a-t-elle dit.
Je suis incapable de manipuler mes stagiaires de cette façon, mais je sais que m’affranchir totalement de ce système de notes serait une vraie libération. Si vous avez des trucs et astuces, ça m’intéresse 🙂

 

  1. #1 par Laurence Perchet le 4 juin 2020 - 11:16

    Ah ! Mon Dieu Isabelle, tu parles d’or ! Je trouve ces systèmes de notation épouvantables ! Souvent les mauvaises notes sont le fait de personnes désinvoltes ou de mauvaise foi. J’y prête de moins en moins attention. J’en ai été victime personnellement en formation avec des étudiants. C’était en 2017. J’ai donné des cours pour une école privée dont l’enseigne venait d’être reprise par… une ancienne restauratrice ! Nous avons tous travaillé dans des conditions épouvantables pendant un an. Des locaux vétustes des années 70, mal chauffés, sans double vitrage, mal équipés, rien de fonctionnait au niveau informatique, il fallait venir avec un portable PC, pas Mac, car les branchements étaient incompatibles (ils dataient de Mathusalem…), nous étions entassés dans des petites salles à 30, certains étudiants étant collés à mon bureau par manque de place. Comme je suis équipée uniquement en Mac, au début, la directrice m’a prêté son ordi tout en me disant qu’il fallait que je fasse le nécessaire ! J’ai ressorti ensuite un vieux MacBook de 2004 pour me connecter, impossible d’accéder à Internet, réseau inutilisable, et le clou : après deux cambriolages, la seule salle où je pouvais projeter correctement mes cours et accéder à Internet, avait été vandalisée et non remise en état. C’était un stress à chaque fois que je me rendais dans cette école. Et bien, j’ai été mal notée par les étudiants, qui entre nous, n’en avaient strictement rien à faire des cours en général. Les problèmes de logistique sont revenus XXL dans les questionnaires pour expliquer mes mauvaises notes ! La directrice n’a pas dégonflé de me le dire en face en bilan de fin d’année. J’étais ahurie… Ceci étant, je me suis défendue, expliquant qu’en tant que professionnelle de la formation, j’avais travaillé dans des conditions anormales, qu’il y avait un minimum en tant qu’établissement de formation à fournir aux intervenants. Naturellement, mon contrat n’a pas été renouvelé. Mais j’ai déjà lu de mauvaises notes sur le web, attribuées à des professionnels que je trouve compétents, pour des queues de cerise ! Dans le tourisme c’est aussi le cas. J’avais lu une note exécrable attribuée à un domaine touristique dans lequel j’ai séjourné une dizaine déjoués, par un client qui n’avait pas compris le concept même du domaine ! Il s’étendait sur plus de 100 hectares, et mettait à disposition des vélos pour se rendre le soir au restaurant. L’internaute s’en plaignait alors que c’était la caractéristique même du lieu, loger dans des bungalow individuels et se déplacer dans la nature à vélo ! On rêve !

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