Le burn-out des indépendants

Je suis tombée par hasard sur un numéro de L’Express de janvier qui parle du burn-out. L’article évoque la souffrance au travail des salariés, à travers le prisme « stress-angoisse-manque de reconnaissance » et ajoute que les indépendants aussi sont touchés par le burn-out, sans plus d’explications.

Un indépendant peut-il en arriver au burn-out à cause de son travail ?

Je me suis demandé pour quelles raisons un indépendant serait en burn-out. Et j’ai beau chercher, je ne trouve rien qui soit intrinsèque à notre activité. Si on est harcelé sur un projet, on peut arrêter. Si les délais sont intenables, on peut également le dire et les allonger, quitte à y perdre une partie de ses honoraires.
En tant qu’indépendant, nous sommes responsables à double titre, de notre activité et de sa bonne marche, je ne vois pas en quoi nous pouvons devenir victimes…

C’est l’administratif qui rend fou !

Mais (oui, il y en a quand même un, de taille !), il y a quand même quelque chose d’inhérent à notre activité et qui pourrait faire sombrer certains d’entre nous, c’est la paperasserie. Tout ces formulaires qu’on doit remplir, sur papier et en ligne, tout ce  pour quoi on est obligé de réclamer en permanence.

De mon côté, depuis mon déménagement, c’est simple, rien ne marche. Heureusement, j’ai trouvé un super expert-comptable qui me dépatouille de plein de choses – en m’évitant l’angoisse de « ne pas avoir payé à temps ».
La semaine dernière, j’ai eu un appel de l’un de ces organismes auprès desquels nous cotisons tous, parce que je n’avais pas pu me connecter sur son site web, sur lequel il m’avait été conseillé de signaler mon déménagement (après l’avoir signalé deux fois par courrier et trois fois par téléphone, je n’ai pas pu le faire en ligne, puisque mon compte avait purement et simplement été supprimé). A chaque fois, j’ai le droit à un festival de bêtises « ah bon, en tant que consultante en communication, vous cotisez auprès de tel organisme, mais vous savez, ce n’est pas normal, ça » (en fait, je n’ai pas d’autre option, donc c’est complètement normal) et « vous me dites que vous avez envoyé des courriers à Paris, mais à Marseille, vous avez essayé ? » (évidemment j’ai aussi envoyé un courrier à Marseille, où l’on me dit que mon déménagement sera enregistré quand ils auront eu le feu vert de Paris…) et à la fin « bon, je vais essayer de trouver ce qui bugge sur votre profil, laissez-moi une semaine, si vous n’avez pas de nouvelles, appelez-moi » (je trouve ça extraordinaire, je me vois bien fournir ce genre de réponse à mes clients « je vais essayer de faire le boulot que vous m’avez commandé, hein ! Mais n’oubliez pas de me rappeler, au cas où je vous aurais oublié !).

Ca me rend dingue, tout ce temps perdu pour des choses qui ne concernent en rien mon boulot. J’en ai même parlé à mon médecin, quand il m’a appris que mes enfants n’étaient plus sur ma carte vitale (j’ai sans doute omis de signaler que j’avais déménagé avec mes enfants de 5 et 7 ans – c’est vrai, ils auraient pu décider de prendre leur indépendance, à leur âge !). Il m’a dit qu’il voyait en permanence dans son bureau des gens se plaindre de notre organisme santé.

Comme je le répète régulièrement, on devrait en tant que créateurs de nos emplois être félicités et encouragés par – je ne sais pas, des abattements d’impôts ??? – mais au lieu de ça, au lieu de nous laisser simplement travailler en paix, on est stressés en permanence par des « multiformulaires » à remplir et des chèques à envoyer pour hier…

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  1. #1 par harmonycom le 26 mai 2014 - 10:05

    Disons que le burn-out n’est pas exactement le même mais basé pas mal sur les mêmes aspects. A savoir, le côté relationnel qui devient de plus en plus difficile, souvent la nécessité de travailler beaucoup pour très peu de résultats, et en effet, ce harcèlement moral du côté organismes tiers, voire technique.

    Je fais pareil, c’est plutôt féminin je crois de savoir dire stop, je ne prends pas plus de travail que je ne peux correctement en gérer.

    Mais il faut reconnaître que le climat s’est durcit et qu’il faut souvent parlementer pour obtenir un tarif à peine potable, se faire régler, faire respecter son travail, etc… Ça passe par une foule de choses qui deviennent usantes au quotidien, avec pas mal de clients qui pensent que notre boulot est facile, manque de la plus élémentaire des politesses, nous font revenir 15 fois sur un document au lieu de regrouper leurs demandes…
    Le manque de respect et de savoir-vivre, voire de bon sens le plus élémentaire (ben oui, j’ai du rajouter cette histoire de modifications trop nombreuses sur mes CGV !), viennent vraiment bouffer notre temps de travail. Sans parler dans certaines activités comme la mienne, très liée aux réseaux sociaux ou à un blog, de veiller, répondre, gérer les soucis techniques…

    Je suis free-lance depuis 10 ans et je trouve que ça devient vraiment très dur. Il faut encore plus travailler, pour bien peu de résultats en général. Et je vois que c’est pareil pour pas mal de métiers autour de moi. C’est plus une usure morale quotidienne, et une dégradation des conditions relationnelles, financières, sans parler de la technique. Des mises à jour partout à n’en plus finir, des bugs qui ne peuvent pas forcément attendre d’être résolus…

    Il m’est arrivé par périodes de passer jusqu’à un tiers de mon temps largement, à régler en vain des problèmes, comme ceux dont tu parles 😉
    Et quand tu n’as que ton activité pour vivre, et le reste à gérer à côté, ça pèse vite sur les nerfs…
    Enfin je n’ai jamais connu le burn-out, mais je comprends que selon son activité et les clients qu’on a, ça peut devenir très lourd.

    Bonne semaine quand même et bon courage pour tout ça !

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    • #2 par Isabelle Prigent le 26 mai 2014 - 16:13

      De mon côté, même si j’ai des « coups de mou » et ds « coups de stress », jamais je n’ai vécu en freelance de situations aussi pénibles que celles que j’ai pu connaître quand j’étais salariée. Et quand j’en parle avec des salariés aujourd’hui, je constate que pour eux aussi la situation s’est encore fortement tendue.
      Mais effectivement, la plupart des freelances que je connais et qui le sont « depuis plus longtemps que moi » disent que c’était plus facile à leurs débuts…
      Merci et bonne semaine à toi !

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      • #3 par harmonycom le 26 mai 2014 - 18:08

        C’est vrai que souvent, c’est dur à présent d’avoir tout simplement des clients. Alors on ne peut pas trop se permettre de faire la fine bouche quand on a que ça pour « manger »…
        Du coup même si je sélectionne un minimum bien sûr, que je mets en place une com censée faire de l’écrémage (!), que j’ai aussi qqs supers clients heureusement, ça devient vraiment dur. Beaucoup de petites sommes, et c’est ça ou… rien. Donc beaucoup de travail (genre supports print) pour pas grand chose au bout, et en avançant l’impression en plus !
        Bref, pas facile tous les jours. Je trouve que ça s’est beaucoup dégradé depuis qqs mois. Et apparmt je ne suis pas la seule…
        Bonne semaine aussi, ça fait plaisir de voir qu’on est pas seuls !

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  2. #4 par Pierre-Michel doMARCOLINO le 26 mai 2014 - 11:03

    Vous m’avez fait rire, car je pensais être le seul !!!!
    Je pense que notre administration (et assimilé) nous manquerait si elle disparaissait. (on peut rêver)
    Moi je reçois systématiquement les factures Telecom deux jours avant la date limite de paiement. Alors bien sûr, je reste au garde à vous devant ma boite à lettres, ne pars plus en déplacement et comme cela, je ne suis pas en retard ! Et si je perds des contrats, ils s’en f….(c’est mot pour mot ce que l’on m’a dit au téléphone quand je leur ai demandé d’envoyer les factures plus tôt).
    Bon courage et au plaisir de lire votre prochain billet
    Pierre-Michel
    (pmdm@solutions-nouvelles-rh.com)

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    • #5 par Isabelle Prigent le 26 mai 2014 - 16:08

      Bonjour Pierre-Michel, oui, un grand mystère, ces factures qui arrivent deux jours avant la date de paiement… mais un grand classique, aussi ! Tout comme ces courriers datés du 15 mais qui arrivent le 30 dans votre boîte aux lettres (non, là le problème n’est pas La Poste, le timbre a bien été tamponné le 29…).
      Bon courage à vous et à bientôt !

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  3. #6 par Laurence Perchet le 26 mai 2014 - 14:06

    Bonjour Isabelle,
    Fait rare ici, je t’avoue ne pas être tout à fait d’accord avec la première partie de ton analyse dans ton papier. Si si, on peut parfaitement faire un burn out dans le cadre de son activité d’indépendant. Je l’ai fait, et je connais d’autres personnes indépendantes qui en ont fait, à qui d’ailleurs j’avais parlé de cet épuisement moral et physique par hasard ! Elles m’ont rassurée, en me disant qu’elles aussi, l’avaient malheureusement vécu !
    La pression constante exercée par des clients toujours insatisfaits, quoique tu fasses, qui font preuve aussi parfois de mauvaise foi, mais qui pèsent malheureusement dans ton portefeuille clients et que tu ne peux te permettre de rejeter d’un revers de main, les prix toujours tirés par le bas, comme le dit si bien harmonycom, la réactivité incessante pour tout et rien, c’est à dire surtout mal dosée, le fait de devoir s’assumer seul(e) financièrement, et ça ça n’est pas rien non plus, sont quand même des éléments qui pèsent dans la balance.
    Perso, une fois que je me suis bien écroulée, j’ai pris conscience de pas mal de choses. Moi qui carburait à 100 à l’heure depuis plus d’une dizaine d’années, je me suis dit qu’il fallait relativiser. RELATIVISER. Mais ceci, je me le dis maintenant seulement ! Après un deuxième passage à vide, que j’ai vécu en arrivant en Touraine, là où tout est verrouillé… et où il faut déployer des trésors de diplomatie pour être accepté, admis, dans des cercles d’affaires… assez décevants au final.
    Côté paperasse, j’ai eu mon lot, et cela continue… comme toi, j’ai vécu un déménagement, avec les errances administratives que cela comporte, et tu doubles cette charge de travail avec les dossiers administratifs, sociaux et fiscaux d’une personne faible moralement dont tu t’occupes. Je suis blindée ! Et je me répète sans cesse : « ils ne m’auront pas ». Je te jure, c’est un remède qui marche !

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    • #7 par Isabelle Prigent le 26 mai 2014 - 16:00

      Hello Laurence, ça ne serait pas drôle si nous étions toujours d’accord 😉
      Plus sérieusement, je crois qu’après avoir vécu toutes sortes de situations difficiles lorsque j’étais salariée (harcèlement, plan social, fusion, rachat, décès de collègues…), je pense qu’il n’était pas question pour moi, en me lançant en freelance, de vivre des difficultés « qu’il est possible d’éviter ». Donc, le client qui en veut toujours plus pour moins cher, c’est « ciao-bye ». Je n’ai en général pas besoin d’en arriver là parce que j’essaie de démarrer en en sachant le + possible sur mon client et son fonctionnement. Je commence donc les projets « en confiance » et 9 fois sur 10, je ne suis pas déçue. Mais cela implique de refuser beaucoup de projets : je dis non à tous les prospects « que je ne sens pas ». Et quand ça se passe moyennement avec un client, je relativise toujours en me disant que je n’ai pas signé un CDI avec lui 😉
      Sur Facebook, Karen Demaison a commenté en disant « Au delà de l’aspect administratif, le burn out des indépendants a pour origine le stress de la prospection, la peur de ne pas dégager suffisamment de chiffre d’affaires pour pouvoir vivre au quotidien, etc…Etre indépendant c’est moins sécurisant qu’être salarié… » et effectivement, j’ai omis ce point, la nécessité de s’assumer financièrement, qui est très important et que tu évoques aussi.
      Bon courage à toi !

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      • #8 par Laurence Perchet le 26 mai 2014 - 19:18

        Effectivement, comme salarié, tu es plus volontiers coincé dans une situation morale par exemple que tu subis. Sans aller jusqu’au harcèlement, pour ma part, j’ai vécu la tyrannie et la jalousie de certains chefs qui avaient l’art de me pourrir la vie, surtout la veille de week end ! Et de me bloquer dans mon avancement ! De ce côté, oui, je suis d’accord avec toi, on peut parfaitement relativiser comme indépendant. Dans le nord, je faisais comme toi Isabelle. Je triais mes clients, c’est vrai, je pouvais ! Comme le dit Harmonycom, aujourd’hui, c’est très difficile ! C’est de plus en plus dur ! Là, je ne peux pas, mais j’ai remarqué quand même que quand j’accepte une mission un peu trop rapidement, j’ai TOUJOURS de mauvaises surprises ! Même avec mes 13 ans d’indépendance au compteur ! Et je me dis, qu’est-ce que ça doit être pour les débutants ! Nous, on a roulé notre bosse, on a du background… je n’ose imaginer…

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  4. #9 par nellyvalaisphotographe le 26 mai 2014 - 14:18

    Merci pour ce partage 🙂 C’est tellement, mais tellement ça ! Bonne semaine et saluez la Bonne Mère de ma part:-)

    Nelly

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  5. #11 par Maud Villaret le 27 mai 2014 - 01:16

    j’adore j’adore…! il y a des fois où je me dis que je pourrais écrire un blog, voire un livre sur mes aventures… ma vie trépidante de Toubab paris… j’aurai du succès j’en suis sûre…dans tous les cas, je me retrouve très souvent dans tous tes articles que je prends plaisir à lire….thks…and good luck ! …et gardons notre humour !!… et un livre en co-écriture, ça te branche ?? a,a,a !!!

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  6. #12 par Sophie Duême le 27 mai 2014 - 20:48

    ohlala ! Bravo Isabelle pour tes mots justes qui font sourire même si… comme toi nous vivons tous (je pense !) quelques moments de grande solitude ! on s’accroche ! Bises

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  7. #13 par Joselito Tirados le 4 juin 2014 - 10:26

    Bonjour,

    Merci pour cet article qui évoque un point important.

    Pour éviter de craquer (ce que j’ai vécu dans un grand groupe) je me suis posé deux questions en revenant de l’étranger.

    1. Quel est la valeur d’une heure de ma vie ?
    2. Quelle est la chose que je ne souhaite plus vivre à nouveau en freelance ?

    Une heure de ma vie dans l’état actuelle des choses n’a juste pas de prix. Par conséquent je prends le temps de choisir mes clients.
    Je prefère manger des patates que de me miner le moral avec un client qui ne me donne pas satisfaction.

    Pour « trier » mes clients, j’ai une méthode toute bête. Au délà du feeling de base qui à son importante, je refuse d’emblée tout ceux qui s’approche de moi avec le mot URGENT à la bouche.

    Je ne suis ni pompier, ni toubib urgentiste, ni policier. Par conséquent l’URGENT n’a pas sa place dans ma vie professionnelle.
    L’IMPORTANT oui !

    Donc quand une relation pro commence par « Bonjour, je vous contact et c’est URGENT » et bien c’est poubelle de suite. Et je prends le temps d’expliquer pourquoi c’est poubelle.

    Comme le dit Laurence, dès qu’on va un peu vite, ça foire souvent. Ne pas confondre vitesse et précipitation.

    La deuxième décision importante est que je ne voulais plus m’encombrer avec l’administratif.
    Lorsque j’ai créer ma première société c’est par là que le ver est entré dans le fruit.
    Toute ma belle energie partait en fumée chez mes amis de l’URSSAF, RSI.

    J’ai donc opté pour le portage salarial. Donner un partie de mon CA pour ne plus rien faire d’autre que des factures et sortir de la compta, le fiscal, le social ne pose aucun soucis.

    Je peux me concentrer sur l’essentiel.

    Pour les aspects liés à la relation commerciale et à la prospection, j’avoue que je n’ai pas à souffrir de ça donc mon stress n’a que peu de chance d’arriver de ce côté là.

    Allez haut les cœurs et n’oublions pas que nous travaillons pour vivre et non l’inverse.

    Belle journée à toutes (et tous).

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