Fin de droits

J’ai été au chômage 3 semaines dans toute ma vie.

En fait, à la fin de mon stage de fin d’études, ma chef (nous n’avons pas entretenu les meilleures relations pendant les 6 mois passés dans le même bureau) m’a invitée à déjeuner et m’a dit « Vous savez, je pense qu’il vous faudra faire encore quelques stages avant de pouvoir postuler à un emploi salarié ».

Je lui ai répondu sèchement que le remboursement de mon prêt étudiant commençait le mois suivant (en janvier 1997) et que je ne m’offrirais pas le luxe de faire des stages supplémentaires payés au tiers du SMIC.

Le 2 janvier, je me suis inscrite à l’ANPE le matin et l’après-midi j’ai postulé dans une société de télémarketing. J’y ai travaillé tous les jours jusqu’au 1er avril, date à laquelle j’ai commencé mon CDI dans une agence de communication. J’aime bien le fait d’avoir commencé « pour de vrai » ma vie professionnelle un 1er avril, parce que pour moi, le milieu du boulot reste une vraie blague. Entre les très bons au placard, les mauvais sur un piédestal, l’incompétence entretenue et félicitée,  les arrivistes, les hypocrites, les pleurnicheurs, les gentils qui se font bouffer tout crus, les cinglés qui pullulent… Je ne parle pas que de choses vécues, mais bon, j’ai choisi de devenir freelance aussi parce que je ne supportais plus le milieu de l’entreprise et ses « incohérences ».

Après 3 ans dans cette agence de com’, j’en ai rejoint une autre où je suis restée moins de deux mois.  Je l’ai quittée du jour au lendemain, et pendant trois semaines, j’ai cherché du boulot. Je me levais à 7h et à 8h30 j’étais sur mon ordi. Je consultais les offres et envoyais des candidatures partout. Bon, en trois semaines, j’ai reçu 4 offres via mon réseau et j’ai finalement été recrutée par la première société à laquelle j’avais envoyé ma candidature.

Mais ces trois semaines ont été difficiles. Je suis sortie une fois dans la rue en plein après-midi, et j’ai eu l’impression que tout le monde me regardait, que « Chômeuse » était écrit en gros sur mon front. Ma sœur, qui est infirmière et travaillait de nuit à l’époque, a éclaté de rire quand je lui ai dit ça… « Je me balade toute la journée et jamais il ne m’est venue à l’idée d’imaginer ce que les personnes que je croise peuvent  bien en penser !« .

Oui, mais. C’est horrible d’être chômeur. C’est pourquoi j’ai dressé l’oreille récemment au petit déjeuner en écoutant sur Europe 1 Isabelle Marie parler du livre qu’elle a écrit sur le chômage de son mari. Elle dit que ça l’a rendue bienveillante. Personne n’est à l’abri, salariés comme freelances. Nous aussi, nous pouvons nous retrouvons du jour au lendemain en « panne de missions » .

Arrêtons de répéter que ceux qui n’ont pas de boulot sont des fainéants.
Arrêtons aussi d’écouter ce gouvernement qui nous raconte que ça s’arrange.
Mais soyons au moins bienveillants envers ceux qui se trouvent dans cette situation.

On l’a été, on l’est, on le sera un jour.

 

 

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  1. #1 par Khadija le 10 avril 2014 - 07:34

    Bravo pour ce bel article plein de… bienveillance ! C’est en effet une situation difficile, un tunnel tout noir où la lumière peut parfois être invisible… Ces périodes peuvent parfois être très longues, et d’autant plus difficiles !

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  2. #3 par maryline.leprince le 10 avril 2014 - 10:50

    Le comble aurait été de pouvoir commencer un 1er mai 🙂

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  3. #4 par harmonycom le 10 avril 2014 - 15:12

    J’ai hélas connu à plusieurs reprises, malgré une école de commerce, etc… Et c’est très dur moralement. Le jugement de la société reste encore lourd à porter, alors qu’on fait de son mieux…
    Je connais des femmes hyper qualifiées, qui ont galéré des mois pour retrouver un emploi. Quand elles ont des enfants ou atteignent la quarantaine, c’est encore plus dur souvent.

    Et vu le contexte actuel, ça ne va sûrement pas s’arranger de sitôt. Le chômage concernera tout le monde, un jour ou l’autre !

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  4. #5 par Laurence Perchet le 10 avril 2014 - 17:45

    Oh là là ! Chère Isabelle ! J’aurais tant à dire sur le sujet ! D’ailleurs, je ne m’en suis pas privée sur mon blog, quand j’étais réellement en recherche salariée l’année dernière. Ce qui me fait rire, c’est quand tu écris qu’il y a des « cinglés qui pullulent » en entreprise. C’est tellement vrai ! Et malheureusement, ce sont ceux qu’on peut retrouver en face de nous, dans ce qu’on appelle la procédure de recrutement. Aïe aïe aïe….

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  5. #6 par alexandre le 15 avril 2014 - 14:39

    Je n’avais pas vu passé cet article… assez différent du reste du blog, d’ailleurs.
    Période sensible, c’est clair. Le regard des autres… oui.

    Son propre regard, surtout.

    Le meilleur qu’on puisse conseiller, dans ces cas-là, est de sortir, justement. D’aller rencontrer les gens, les salariés, les anciens collègues, les recruteurs ; tout faire pour tâcher de rester dans le réseau, en somme.

    Et garder en tête un projet qui nous tient à cœur, s’y accrocher et qui sait…

    Courage à tous !!

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