« Equilibre entre vie professionnelle et vie privée : l’affaire de tous ? »

C’était le titre d’une conférence organisée par le Club Audencia pour Elles mercredi dernier.
Les intervenants : François Fatoux, délégué général de l’ORSE (Observatoire de la responsabilité sociétéale des entreprises), Nolwenn de La Brosse, coach, Elizabeth Karako, responsable Diversité chez BNP Paribas, et Anne Cécile Sarfati, directrice adjointe de la rédaction de Elle et auteur de « Etre femme au travail ».

La conférence s’adressait a priori plutôt à une population de salarié(e)s. En introduction, Françoise Holder, présidente du Comité Egalité Hommes/Femmes du MEDEF, nous a rappelé que les femmes représentent 47,8 % de la population active, et que 30 % d’entre elles travaillent à temps partiel.
Ensuite, François Fatoux a expliqué que seulement 4 % des congés parentaux sont pris par des hommes (ou que 4 % des hommes prennent un congé parental, je ne suis pas tout à fait sûre), que ce sont les femmes qui prennent les congés enfant malade, que si on n’implique pas les hommes, nous ne pourrons pas progresser, que l’équilibre au travail dépend fortement de l’équilibre des tâches domestiques et parentales.

Nolwenn de la Brosse nous a demandé de nous interroger sur ce dont nous avions besoin, là, maintenant, pour favoriser un équilibre vie privée/vie pro.

Des interventions très intéressantes d’Anne Cécile Sarfati, j’ai retenu deux points – elle a cité une personne interviewée dans le cadre de l’écriture de son livre, qui lui a dit « une femme doit être chef le plus tôt possible, ce qui lui permettra de mieux gérer son temps quand elle aura des enfants (elle aura moins de comptes à rendre). Elle a aussi parlé du livre d’Elisabeth Badinter, qui s’insurge contre le retour de la femme au foyer (j’avais estimé, à la sortie de ce livre, qu’on nous prenait pour des idiotes, estimant qu’aujourd’hui on a le choix… de faire les choix qui nous conviennent !), en expliquant qu’il était important de continuer à travailler, quitte à lever le pied – sans que cela se voit trop ! – à des périodes où on ne dort pas la nuit quand nos enfants sont petits. Elle estime que l’allaitement est trop souvent « exigé », et que les modes venant des Etats-Unis, comme le « co-dodo », nous obligent à nous focaliser sur notre rôle de mère.

Elizabeth Karako a expliqué avec satisfaction- réagissant sur une autre intervention – que son employeur avait bien compris qu’elle pouvait désormais travailler soir et week-ends, maintenant que ses enfants sont grands, et qu’en tant que « senior » elle devient donc une chance pour l’entreprise. Totalement hors-sujet ! Je ne vois pas bien comment de cette façon elle préserve l’équilibre avec sa vie privée… On a une vie privée indépendamment des enfants (les femmes qui n’ont pas d’enfants doivent être corvéables à merci ?).

Je suis partie avant la fin. La conférence était censée commencer à 19h, et elle a finalement débuté à 35, donc tout s’est décalé. J’avais pris une baby sitter et lui avais promis d’être de retour au plus tard à 22h (mon mari avait une soirée professionnelle), donc je suis repartie à 21h15… vers ma vie privée.

Bon, je n’ai pas appris grand-chose, mais je m’interroge quand même. Y a-t-il des femmes qui ont tellement la tête dans le guidon qu’elles ne sont même plus à même de savoir de quoi elles ont besoin pour favoriser leur équilibre ? (savoir n’est pas avoir, j’ai bien la nuance en tête…).
Y a-t-il des femmes qui travaillent à plein temps en entreprise et gèrent à 100 % les enfants et la maison, sans aucune aide d’une tierce personne (mari ou personne extérieure pour les mamans solo) ? Y a-t-il des femmes salariées qui estiment qu’elles réussissent à tout gérer de front ? Y a-t-il des employeurs – femmes comprises – qui comprennent ce que que c’est que de vouloir évoluer dans une entreprise tout en étant présente pour ses enfants ?

En fait, je ne pense pas qu’on puisse trouver cet équilibre vie pro/vie perso en étant salariée : vous trouverez toujours des gens qui vous reprocheront d’avoir des enfants, d’arriver tard, de rentrer tôt, d’appeler la baby-sitter le mercredi après-midi pour vérifier que tout se passe bien, de demander un temps partiel (le temps partiel doit être imposé pour le confort des dirigeants – l’exemple des caissières qui travaillent 20h semaine, de 10 à 12h, puis de 19 à 22h est suffisamment parlant – mais jamais demandé par une femme cadre…).

Que reste-t-il comme solution si on veut s’occuper de ses enfants et avoir une vie professionnelle passionnante et enrichissante (dans tous les sens du terme ;-)) ? A part créer son activité, sincèrement, je ne vois pas…

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  1. #1 par Laurence Perchet le 27 septembre 2012 - 10:52

    Bien sûr Isabelle, tu es dans le vrai !
    Je vais te donner mon témoignage, celui de la salariée qui a l’expérience d’avoir travaillé douze ans dans une grande entreprise qui employait… 80% de femmes ! A l’époque où j’y suis entrée, fin des années 80, on avait besoin surtout de conseillers sur les plate-formes téléphoniques, un métier aujourd’hui pratiqué par des hommes, mais pas il y a 20 ans ! Et oui, c’était encore très sexiste ! Les femmes passaient cadres en promotion interne, étaient mères de famille, avaient des enfants parfois malades, et donc s’absentaient. L’entreprise continuait son expansion et sa croissance hors norme, et les femmes finissaient à 18h pour aller chercher leurs enfants au sortir de l’étude ou de la crèche, cadres ou pas cadres, sauf pour les membres du comité de direction, il faut bien le reconnaître.
    Comme célibataire, le choix de mes congés a toujours posé un problème ! Ben oui, c’était pas grave si je ne passais pas noël en famille ou si je ne prenais pas de vacances comme tout le monde en juillet/août quand il fait beau, hein, parce que j’avais pas d’enfants ! Je pouvais vivre en marge, selon les uns et les autres, parce que j’étais célibataire.
    L’excès dans l’autre sens, je l’ai connu aussi ! Celles qui imposent leur statut de mère pour négocier avec la direction des jours d’absences autorisées pour s’occuper des enfants, payées comme des jours travaillés, ou se réserver les meilleurs moments des congés dans l’année.
    Tout ceci est rentré plutôt dans l’ordre quand… je suis passée chef !
    Ceci pour expliquer que la maternité n’a jamais été un obstacle à la promotion sociale dans cette entreprise, c’était même une qualité. Car bien souvent, on voyait des mères s’octroyer des promotions au retour de leur congés maternité…
    Je suis consciente d’avoir vécu dans une entreprise hors norme. Mais la Direction impulsait cette culture.
    Ton interlocutrice, Elizabeth Karako, qui explique que son patron la veut corvéable à merci pour son entreprise, parce que ses enfants sont grands, démontre par là même que c’est bien une vision du monde du travail qui est en cause. Et notamment de l’exploitation du temps de travail du salarié. Son exemple fausse la donne, c’est évident, et tes questionnements sont logiques.
    Ce que je retiens de tout cela, c’est que les femmes qui prennent le pouvoir continuent d’appliquer les méthodes des hommes avant elles : travailler jour, et nuit, pourquoi pas, ne plus s’impliquer dans la vie de famille ou au foyer. C’est une vision archaïque du travail. Il n’y a aucun doute Isabelle !

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    • #2 par Isabelle Prigent le 28 septembre 2012 - 09:36

      J’ai vraiment pensé à toi pendant cette conférence, Laurence. Parce que l’équilibre vie privée/vie pro n’a été abordé que sous l’angle maternité (et un peu paternité)/travail… et ça aussi c’est un débat dépassé, la vie privée ne doit pas forcément rimer avec enfants !
      Un autre point qui t’aurait parlé, que j’ai oublié d’évoquer (mais qui résume pourtant bien la situation en France), l’un des intervenants a déploré la culture du « présentiel » qui perdure en France. En effet, si chacun pouvait gérer son temps à sa guise – à la condition de faire son boulot, évidemment !- il y aurait un vrai « bouleversement positif » dans le monde du travail !

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  2. #3 par Christophe Lastennet (@clastennet) le 27 septembre 2012 - 13:21

    Hello Isabelle,

    Permets-moi de mettre mon petit grain de sel masculin dans cette discussion entre femmes, ceci étant l’équilibre pro/perso concerne tout le monde. J’ai passé 2 semaines de vacances au Danemark cet été où j’ai fait mes études (étant binational) et gardé de la famille. Bon, je sais qu’il y en a un peu assez d’entendre tout le temps à quel point les pays nordiques sont un modèle mais enfin il faut bien se rendre à l’évidence. J’ai parlé école avec des cousins qui ont comme moi des enfants en bas-âge; et tout commence à l’école: ils étaient effarés d’apprendre que nos petits se tapent des journées jusqu’à 16h30, heure où là-bas une bonne partie des salariés rentrent du boulot justement retrouver leurs enfants qui auront terminé vers 14.00 max! Et donc nous suivons la même logique dans le monde du travail.

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    • #4 par Isabelle Prigent le 28 septembre 2012 - 09:44

      Salut Christophe,
      Tu as bien raison de venir mettre ton grain de sel dans cette conversation qui se veut « mixte » 😉
      Tu penses donc que notre culture travail/productivité/présentiel est liée au fait que déjà, enfant, on a des emplois du temps à rallonge ? C’est possible…
      Mon fils est au CP cette année, et il est inscrit à l’étude jusqu’à 18h30. Lorsqu’un parent a demandé à la réunion de début d’année (après que la maîtresse a expliqué que les devoirs ne devaient pas prendre plus de dix minutes) ce que les enfants faisaient quand ils avaient fini, elle a répondu « ils restent à l’étude, ils dessinent ou ils ne font rien, ça fait du bien ». Euh… Ils commencent leur journée à 8h30 et restent assis à leur bureau (j’excepte le déjeuner et les récréations) huit heures et demie par jour ? Ca me semble énorme pour des enfants de 6 ans. Du coup, j’essaie d’être à l’école à 18h, pour qu’au moins il ait le temps de jouer et courir un peu avant le dîner…
      Bon, j’ai digressé, mais quand prendra-t-on vraiment en exemple la culture des pays du Nord ? Parce qu’on en parle beaucoup, soit, mais on n’agit pas beaucoup pour les imiter…

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  3. #5 par Anne-Laure le 27 septembre 2012 - 13:45

    J’ai créé mon activité après la naissance de ma fille… ce n’est pas un hasard ! Un heureux concours de circonstances qui m’a fait quitter mon poste en CDI parce que je n’étais pas satisfaite de la solution qui avait été retenue pour mon remplacement lors de mon congé mat et que je ne voyais pas comment les choses pouvaient évoluer positivement à mon retour. J’ai donc choisi de créer mes opportunités positives.
    Pour mon mari et moi, être présents pour notre fille a toujours été une priorité. Et nous nous étions toujours dit que le moment venu l’un des deux lèverait le pied. Il se trouve que cela a été moi :
    – parce que, pour être bassement terre à terre, à niveau d’études et d’expériences égal, c’est moi qui gagnait le moins,
    – parce que l’envie de me mettre à mon compte me titillait.
    Finalement je ne suis pas certaine d’avoir vraiment levé le pied… je fais même peut-être plus de choses utiles qu’avant. Mon temps de travail effectif est moins important mais je suis beaucoup plus efficace à mon bureau tranquille chez moi, je ne perds pas de temps dans les transports, dans les réunions fleuves, dans l’écoute des états d’âmes de mes collègues…
    Je pense que nous sommes de plus en plus nombreuses à faire le constat que ce que nous recherchons, l’entreprise n’est peut-être plus (ou pas encore) à même de nous le proposer aujourd’hui.
    En tous cas je suis curieuse de voir comment les choses vont évoluer et pour ma part je suis heureuse de faire partie de la mouvance Mom’entrepreneurs, même si je ne me définis pas ainsi 😉

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    • #6 par Isabelle Prigent le 28 septembre 2012 - 09:47

      Bonjour Anne-Laure,
      C’est mon portrait que tu fais là 😉 J’ai eu exactement la même démarche que toi, je la pensais assez personnelle au début, mais je constate qu’effectivement, il y a un vrai « mouvement de fond » de la part des femmes. Elles sont de plus en plus nombreuses à crééer leur activité car elles se rendent compte que le salariat ne correspond plus à leurs attentes.

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  4. #7 par silver account le 1 octobre 2012 - 18:55

    Quand une femme mariée travaille,on lui donne la priorité au boulot d’avoir le congé, les primes de vacances pour en profiter avec ses enfants,prime de scolarité aussi alors que les celibataires mssaken profitent de rien même les vacances d’été. Je suis d’accord avec ce que Farida a écrit,la femme peut jamais avoir une vie tranquille et equilibrée quand elle travaille.Elle reviens stressée et bonjour la cuisine, le menage les enfants et le fameux mari,c’est vraiment difficile à gerer.je le dis par experience,enfin ma mere travaille on était jamais organisé,chacun fait ce qu’il veut quand il veut mais bon pas toutes les familles sont comme la notre.

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