Supprimer le régime auto-entrepreneur, c’est n’importe quoi !

Le grand classique en France, c’est, sitôt qu’est mis en place un nouveau gouvernement, de supprimer toutes les mesures phares prises par le précédent. Et si on réfléchissait avant, ce serait pas mal, non ?

Quelques rappels : le statut d’auto-entrepreneur n’a pas été créé pour permettre une concurrence déloyale avec les autres régimes ! Il a été détourné – essentiellement dans l’artisanat dit-on – par certains petits malins qui s’en mordront vite les doigts : quel intérêt à casser les prix, sinon de travailler plus pour gagner moins ?

Moi aussi, comme certains journalistes (j’estime que ma parole est tout aussi crédible !), j’ai interrogé des auto-entrepreneurs autour de moi : il y a ceux qui se lancent avec ce régime pour se tester, ceux qui souhaitent le garder car ils ne veulent pas avoir une activité à plein temps (beaucoup de mères de familles sont concernées : elles font de la couture, des objets artisanaux, etc, et ont ainsi un boulot, une vie sociale, en assumant leur choix d’être présentes auprès de leurs enfants – je n’en ai jamais vu une citée dans la presse, autrement que sous l’angle « mompreneur »). Sont concernés aussi ceux qui ont deux activités ou sont retraités (je n’en connais pas).

Lorsque j’ai parlé de l’auto-entrepreneur avec des artisans ayant un autre statut (un menuisier, un plombier et un « tous corps d’états ») ils m’ont ri au nez : un artisan qui travaille bien génère bien plus de 32 K€ de CA par an ! (même s’ils estiment tous payer trop de charges, ce qui est assez général en France).

Donc plutôt que de bêtement menacer de supprimer un régime « créé par le précédent gouvernement », considérez le nombre d’emplois créé (plus d’un million !), et ne vous basez pas simplement sur des témoignages de râleurs (potentiellement) incompétents repris par une presse qui préfère parler des dysfonctionnements plutôt que de raconter de belles histoires…

En me relisant, je me dis que je peux être accusée d’exagération quand je parle de « supprimer ce statut » alors qu’il est essentiellement question actuellement de le réformer, notamment en fixant sa durée maximum à 3 ans. Comment feront tous ceux qui ont choisi ce régime pour une activité d’appoint ? Ils se tourneront vers le travail au noir ?  Quant aux autres, ceux qui ont besoin de quelques années pour définir leur activité, créer leur portefeuille client et ainsi avoir une activité rentable avant de lancer leur société, ils iront rejoindre le rang des chômeurs même pas indemnisés (donc pas répertoriés) ?

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  1. #1 par Christine Degioanni le 14 juin 2012 - 12:41

    Bravo Isabelle ! Je suis totalement d’accord avec toi. Toujours stigmatiser les aspects négatifs d’un sujet nuit gravement à sa crédibilité !!

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  2. #2 par Maryline Leprince le 14 juin 2012 - 19:29

    Bonjour Isabelle,
    Connaissez-vous le concept des coopératives d’activité et d’emploi? Elles apportent une réponse alternative au statut d’auto-entrepreneur avec bcp d’avantages pour qui veut tester son activité… S’il présente certains avantages, le statut d’autoentrepreneur est loin d’offrir ceux des CAE selon moi…
    Par ailleurs, sans être pour sa suppression, le limiter dans le temps, compte tenu du coût qu’il a pour la société en termes de non contribution de charges (qui sont bien trop élevées j’en conviens) et du coup d’inégalités, me parait plutôt censé…

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    • #3 par Isabelle Prigent le 15 juin 2012 - 09:13

      Bonjour Maryline,
      Je connais le concept des coopératives, je l’ai étudié mais il ne me convient pas.
      Quant à parler du coût de l’auto-entrepreneur pour la société, je trouve cela gonflé : les charges sont équivalentes à celles des sociétés, si l’on considère le fait que l’on n’est pas assujeti à la TVA, et que donc on paie tout « plein pot ». La limitation en terme de chiffre d’affaires (très basse, quand même !) suffit à le limiter dans le temps…
      Et il faut se rappeler aussi que ce statut a « absorbé » beaucoup de chômeurs (qui coûtent autrement plus cher à la société) et de travailleurs au noir (le vendeur sur Ebay,devenu presque aussi célèbre que le plombier polonais ;-)).

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  3. #4 par Alain le 15 juin 2012 - 02:51

    Coucou Isa,
    C’est pour ma part un problème de culture!
    En France, l’entreprise sa direction est l’adversaire de l’employé. Rares sont les personnes qui défendent bec et ongle l’entreprise et la direction ou ils travail. Un climat de suspicion permanent est entretenu entre direction et employés, à savoir qui profitera le plus de l’autre!
    Personnellement, je rêve d’une France qui aime ses entreprises, d’employés qui se sentent fort dans la boite ou ils travaillent, qui défendent leur boîte, des employés qui se sentent respectés, aimés, valorisés. Ce monde des bisounours, est-il possible? Des syndicats qui cognent sur les directions continuellement, des gouvernements qui changent régulièrement les règles du jeu, rien de bon pour créer ce climat de zenitude entre employeurs et employés. Alors, serez vous heureux en étant votre propre patron? J’ai des doutes!
    Accepter le statut d’auto entrepreneur, c’est accepter d’être mis en concurrence, c’est ne plus compter ses heures, c’est ne plus avoir d’avantages comme, complémentaires, CE, remboursement de divers frais, mais aussi ne plus avoir les différents services de l’entreprise comme la compta, le commercial, la R&D, tous ces services qui nous permettent de travailler à 100% dans son cœur de métier. Au final l’entreprise permet logiquement de travailler avec des collègues donc de créer un lien social important, des décharger le travailleur de certaines tâches et ne nous cachons pas les yeux, dans ce monde de compétitivité internationale l’isolement du statut auto-entrepreneur est un poids trop important.
    Personnellement, je ne suis pas fan de ce statut, bien que depuis qu’il existe j’ai de plus en plus d’employés qui ont optes pour. En tant que patron j’avoue que c’est du bonheur puisque je me décharge de la partie administrative! Au fait, vous avez pensez aux assurances, mutuelles, responsabilités en cas de problèmes… Biens des questions que l’entreprise se doit de répondre. C’est un sujet d’ordre philosophique pour moi et ceux qui me connaissent comprendrons. Ce qui est certain, c’est que plus tard si ce statut existe encore, je le déconseillerai a mes enfants!

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    • #5 par Isabelle Prigent le 15 juin 2012 - 09:22

      Salut Alain,
      Oui, les patrons sont cons, et les auto-entrepreneurs, en tant que petits patrons, le sont tout autant 😉
      Cela dit, j’ai autour de moi tellement de salariés malheureux à cause de stratégies d’entreprise aléatoires ou de cheffaillons pistonnés et protégés que je comprends ce qu’est le « mal être au travail »… J’ai moi-même quitté cet univers avec joie, et même si ce n’est pas toujours facile d’être indépendant, pas une fois je me suis dit que j’allais à nouveau postuler pour un CDI !
      Concernant les assurances en tant qu’auto-entrepreneur, elles sont recommandées – et utiles ! – dans certains métiers. Ceux qui n’en prennent pas jouent avec le feu, tant pis pour eux…
      Quant à l’isolement de l’auto-entrepreneur… Ce n’est pas parce qu’on est indépendant qu’on est isolé. Je travaille avec plein d’autres freelances et ne me sens jamais seule 😉
      Pour ma part, je persiste à penser que l’auto-entrepreneur est un statut parfait pour se lancer, mais il peut être intéressant dans la durée quand on a une activité d’appoint.
      A bientôt !

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    • #6 par Maryline le 15 juin 2012 - 09:26

      Pour nourrir ma réflexion, qu’est ce qui ne vous convient pas dans le statut des CAE que vous avez dans le statut d’auto-entrepreneur?
      Pour ce qui est des charges, avant de pouvoir les déduire, encore faut-il déjà être en mesure de générer suffisamment de chiffre… Certes l’autoentrepreneur paie sa TVA, mais l’économie qu’il fait sur les charges sociales la compense largement puisque pour les activités tertiaires ne génèrent pas beaucoup d’investissements et de frais en amont.
      Je n’ai rien contre ce statut, que j’ai exercé pendnat trois avant de rejoindre une CAE qui me paraît plus intéressante, même si elle a un coût très élevé en termes de charges. Je pense que le statut d’autoentrepeneur est bien pour des gens qui ont une autre activité salarié à côté, ou vraiment une activité très développée, sinon ils se font vite escroquer côté validation des trimestres de retraites entre autre…

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      • #7 par Isabelle Prigent le 15 juin 2012 - 09:44

        J’avais besoin de me lancer seule, pour deux raisons : me tester, et adapter mes horaires à ma convenance. J’ai très vite aussi choisi des gens avec qui j’avais envie de travailler (enfin, nous nous sommes choisis !), et nous continuons de le faire régulièrement. Et j’ai aussi régulièrement de nouveaux projets avec d’autres personnes. Par essence, l’aspect « communautaire » de la coopérative ne me convient pas, en plus les réunions, les votes… bref tout cela me semble très contraignant ! Je suis sans doute trop indépendante pour ça 😉

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      • #8 par Isabelle Prigent le 15 juin 2012 - 09:52

        Ah oui, précisions sur l’aspect TVA : c’est vite dit « les activités tertiaires ne génèrent pas beaucoup d’investissements et de frais » ! Je connais des auto-entrepreneurs qui ont fait beaucoup d’économies en passant en EURL, parce qu’ils passent leur vie en déplacements. Pour faire du conseil à travers la France, le choix de l’auto-entrepreneur n’est pas une bonne idée !
        Idem sur la retraite : pour valider ses trimestres, il faut avec mon métier, faire un CA de moins de 20 000 € par an. Heureusement que je le dépasse largement, sinon mon activité ne serait pas viable, et le fait de persister en indépendant n’aurait aucun sens. Mais de toute façon, j’ai fait une croix sur la retraite : les caisses sont vides, elles ne vont pas se remplir comme par magie dans 30 ans, donc, je préfère imaginer d’autres solutions pour me créer ma retraite pour plus tard.
        Le débat est sans fin : je regrette simplement que les médias oublient trop souvent de mettre en avant des auto-entrepreneurs heureux de leur choix. Tous ceux qui ont fait ce choix en connaissance de cause en sont ravis, tout comme ceux qui ont choisi la CAE parce qu’elle leur convenait…

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  4. #9 par adjuvamus (@Adjuvamus) le 18 juin 2012 - 13:35

    Bonjour à tous, Je vais me permettre une précision technique, sans entrer dans le débat.
    Il y a deux seuils de chiffre d’affaires distincts pour les auto-entrepreneurs. Pour 2012, c’est 33300 euros HT pour les prestations de services et 83200 euros/Ht pour l’auto-entrepreneur qui procède à des activité de d’achat / vente de marchandises. Ainsi l’auto-entrepreneur qui fournit la peinture qu’il applique ou les prises électriques qu’il pose peut aller jusqu’à 83200 euros.
    C’est plutôt ce chiffre qu’il conviendrait de retenir si l’on souhaite évaluer l’impact du statut auto-entrepreneur sur les métiers de l’artisanat.

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    • #10 par Isabelle Prigent le 18 juin 2012 - 21:04

      Hello Thierry,

      Bizarre, je n’ai pas les mêmes infos – l’un des artisans que j’évoque dans mon billet m’a parlé de 30 Keuros « et des poussières » parce que la plus grande partie du travail d’un artisan correspond à du « service » et pas à de la vente (ex du peintre qui fournit de la peinture, mais qui gagne avant tout sa vie en peignant…). Cela correspondrait au point 3 de cette page : http://www.auto-entrepreneur.fr/activites-mixtes.php
      Ca aurait changé ?

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