Les appels d’offre : rémunérés… ou pas ?

Je ne sais pas pourquoi dans le domaine de la communication subsiste cette pratique archaïque qui consiste, en guise « d’appel d’offre » à briefer de 3 à …x agences (l’un des plus gros annonceurs en France ferait des tours de table avec 20 agences !) et à attendre qu’elles reviennent toutes avec le projet entièrement ficelé pour faire leur choix !

Est-il nécessaire d’avoir son projet finalisé pour faire son choix ? Probablement non… Le plus grave, c’est que très souvent – même si la loi l’interdit – ces appels d’offre ne sont même pas rémunérés ! Il y a un gagnant, et les autres auront travaillé pour rien, ce qui est purement et simplement scandaleux.

En tant que freelance, je refuse de travailler sur des appels d’offres non rémunérés : j’explique que travaillant seule, il m’est impossible « d’amortir » un travail de plusieurs jours non rémunéré, ce qui est la plupart du temps très bien compris. Mais cela reste une pratique inadmissible, qui devrait systématiquement être dénoncée. Rencontrer ses interlocuteurs, leur demander comment ils travaillent, voir leurs références et les projets déjà réalisés… devrait être largement suffisant pour choisir son agence !

Pour aller plus loin : la liste noire de l’alliance française des designers et le livre blanc publié par l’association Design Conseil  .

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  1. #1 par Laurence Perchet le 7 novembre 2011 - 11:54

    Bonjour Isabelle,
    très bon sujet que tu abordes là ! Je te suis à 100%, évidemment, puisque comme indépendante, je ne peux me permettre de travailler dans le vide. Ceci étant, je l’ai fait au démarrage de mon activité pour une agence, ou deux, qui me sollicitaient régulièrement, ne voulant pas mobiliser leurs ressources internes sur ce type de job, me faisant miroiter une partie de la mission une fois l’appel d’offres décroché. Je n’étais pas tellement dupe de la chose. On ne me tenait même pas au courant des résultats ! Quel mépris ! Pire, j’ai découvert que je travaillais systématiquement sur des appels d’offre voués à l’échec. « Pipés », excuse moi du terme, dans des secteurs où les cartes étaient distribuées par avance.
    Lorsque j’étais salariée responsable de com’ dans le privé, je dégageais systématiquement un budget « dédommagement » pour les agences qui n’étaient pas retenues et je ne briefais pas plus de 3 agences sur un gros projet, que je rencontrais systématiquement en entretien pour vérifier qu’elles avaient bien compris ma demande.
    J’ai eu l’occasion de mettre en oeuvre ce système pour un de mes plus gros client, appartement pourtant au secteur para-public… donc retord à la chose au départ (on n’a pas de sous pour ça !). Eh oui, après plusieurs années de consulting pour eux, j’ai réussi à faire comprendre qu’il fallait passer à un autre mode de fonctionnement, que celui qui consistait à mettre en ligne sur le site officiel de la maison mère les appels d’offre, plus ou moins suivis de proposition financière et graphique ! Il faut savoir par ailleurs, Isabelle, que les structures publiques sont tenues de demander plusieurs devis pour une même prestation. C’est dans leurs statuts, et c’est pour éviter le favoritisme. Qu’il s’agisse de 50 euros ou 500 000 euros ! De nouveaux postes ont été créés, les acheteurs. Ironie du sort, la réponse est tellement incohérente par rapport à l’objectif, qu’en définitive, ces structures travaillent toujours avec les mêmes. Les prestataires étant lassés de recevoir des demandes de prix à vide…

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    • #2 par Isabelle Prigent le 17 novembre 2011 - 22:12

      Faire travailler des free sur des appels d’offres voués à l’échec, belle mentalité ! Ces agences-là ne font que répercuter sur plus petits qu’eux les aberrations d’un système, c’est scandaleux.
      Quant à ta réflexion sur les acheteurs, je partage…

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  2. #3 par Jean-Christophe le 7 novembre 2011 - 13:18

    Chère Isabelle,

    C’est un sujet extrêmement important ! J’avoue n’avoir connu beaucoup de déceptions et escroqueries à la suite d’appels d’offres. Le quart de mes créations sont issues de propositions non abouties. Les raisons ?
    « Dés pipés », le client continue à faire travailler son prestataire habituel mais est obligé d’interroger la concurrence. Le prix, il décide de donner le budget à de jeunes graphistes non émancipés qui pratiquent le quart du prix du marché.
    L’abandon, finalement, le client décide de ne pas donner suite au projet pour des raisons internes, c’était « juste pour voir… » (le pire à mon sens). Pas de garantie financière, une fois les maquettes reçues, le client décide que le prestataire doit avoir plus de 11 salariés et 1ME de chiffre d’affaires… Bizarrement, jamais de refus par choix du design graphique.
    Et tout ceci bien sûr sans dédit – sauf 2 fois où l’on m’a proposé 100-150 euros de défraiement. J’aurais dû refuser.
    La cerise sur le gâteau étant le plagiat ou copie « arrangée » de mon concept par les gagnants, déprime assurée… j’ai des preuves ;-).
    Malheureusement, si l’on ne propose pas de maquette, c’est perdu d’avance.

    Donc, un mal bien répandu dans la profession qui nous fait dire à chaque fois « Je ne répondrai plus » et qui nous oblige par précarité à accepter le prochain, en espérant tirer à la loterie des prospects le client honnête dont nous rêvons tant…

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    • #4 par Laurence Perchet le 8 novembre 2011 - 13:37

      C’est tout à fait ça Jean Christophe, vous résumez très bien la situation. C’est également vrai dans le rédactionnel, et pas seulement dans le graphisme. Par ailleurs, il existe aussi une méchante manie chez les donneurs d’ordre, qui font que vous avez l’impression qu’on vous pique vos idées. Suite à la réception des intentions graphiques, beaucoup veulent mélanger les genres : « j’aime bien un peu de celui-ci, et une touche de celle-là, enfin une 3ème du dernier là bas ! ». Mon job a consisté le plus souvent à dire au client, ou à mes supérieurs hiérarchiques : « on accepte une piste graphique dans sa globalité et APRÈS on affine en tenant compte de vos remarques et du style déployé par le graphiste sur sa proposition. Mais pas de mélange des genres ! On ne pique pas une idée à l’agence untel pour l’appliquer à la maquette graphique de l’agence landa etc.. » Si seulement tout le monde faisait son job comme ça… Je crois que je suis trop honnête.

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    • #5 par Isabelle Prigent le 17 novembre 2011 - 22:14

      Salut JC, ça me fait plaisir de te retrouver ici 🙂
      Le « juste pour voir » est pire que tout, nous sommes bien d’accord… et pourtant c’est très très répandu ! Tellement facile de faire bosser les autres pour avoir de nouvelles idées. Quand en plus c’est gratuit ! Que demande le peuple ?

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  3. #6 par Claude le 20 novembre 2011 - 08:56

    Je suis toujours surpris par ces pratiques auxquelles je me refuse de participer. Elles sont a priori réservées au monde des services : je me vois mal faire le tour des concessionnaires automobiles, emprunter un modèle pendant un mois partir en vacances avec et dire « finalement c’était juste pour voir… ».

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