Les usines à contenu, ou l’écrit version discount

Dans Courrier International, cette semaine, un article d’un journal montréalais a retenu mon attention : il évoque les « usines à contenus qui font fortune en inondant Internet d’articles de piètre qualité produits à bas coût ».  Le journaliste revient ensuite en partie sur ce jugement, puisqu’ il explique qu’il a testé « Demand Media » (entreprise américaine qui gère 60 sites et avec laquelle collaborent… 13 000 rédacteurs freelance) et qu’il a été plutôt agréablement surpris par les remarques stylistiques et demandes de vérification de sources de sa correctrice.

J’ai pour ma part testé cet été (feu !) Wikio Experts, largement décrié (à juste titre !) pour me faire un véritable avis sur la question. Effectivement, ce genre de « service » a pour but d’inonder Internet… d’articles produits à bas coût. Les témoignages publiés sur le site expliquaient qu’il était possible de gagner facilement 500 € par mois en écrivant pour le site. J’ai fait le test sur une dizaine d’articles : en réalité, le premier sert à vérifier vos compétences rédactionnelles, vous l’écrivez pour la gloire. Les suivants aussi, puisque vous gagnez 3€ maximum en moyenne par article. Il faut donc pondre du texte de manière intensive – probablement à plein temps – pour atteindre les 500 € annoncés. Les articles publiés étaient plutôt de bonne qualité : les auteurs sont pour la plupart journalistes ou rédacteurs, et les articles sont rarement publiés sans corrections.

Ce que je trouve réellement scandaleux, dans cette démarche, c’est de laisser croire que le texte n’a pas de valeur et que d’écrire ne nécessite aucune compétence. Je suis confrontée régulièrement à des clients qui me parlent de conception-rédaction mais s’exclament quand j’annonce mes tarifs : ils ont l’habitude de consacrer au graphisme le double du budget prévu pour le texte. J’ai cru au début de mon activité en freelance que c’était anecdotique, mais je crains que cela ne devienne la norme.

Jusqu’où irons-nous ? Jusqu’à aligner simplement des mots-clés, au prétexte que leur seule utilité est de vendre l’encart publicitaire placé juste à côté ?

Publicités
  1. #1 par Anaïs le 3 octobre 2011 - 09:20

    Bonjour Isabelle,
    Cela rejoint tes précédents billets. Face à une idée reçue de plus en plus courante, la communication (et ses différentes facettes) est un métier facile et à la portée de tout le monde. Mais diantre, pourquoi avons-nous investi du temps, de l’énergie (et de l’argent) à suivre des formations diplômantes et-ou certifiantes ! 😀
    Ecrire c’est une passion et un métier. Le meilleur exemple est l’avant-après. Le client se rend compte qu’avec un titre percutant, des inter bien pensés et un fil conducteur, son article est plus pertinent. Mais lorsqu’est évoquée la question financière, il y a toujours un « gloups ».
    Finalement, avant même de discuter sur la communication du client, il faut communiquer sur la communication 😉
    Bonne semaine !!!!!!!!

    J'aime

    • #2 par Isabelle Prigent le 3 octobre 2011 - 20:28

      Bonsoir Anaïs,
      Tu as raison, communiquons sur l’intérêt de la communication ! En tout cas, je promets de continuer à marteler ce message sur ce blog 🙂

      J'aime

  2. #3 par laurenceperchet le 3 octobre 2011 - 10:37

    Bonjour Isabelle,
    tu pourras lire avec intérêt, si cela n’est déjà fait d’ailleurs, des discussions sur le site Viadeo dans le hub « Rédacteurs- rédactrices, conception rédaction et piges » créé par Stéphane Bourhis, qui s’intitulent : « 3 euros l’article, mais combien est-il revendu ? » ou encore : « encore une proposition de travail à des tarifs hallucinants » etc etc. Les propos tels que le tien ici s’égrainent sur ce hub, moi même, j’ai écrit il y a un an environ, un papier « vivre des métiers de l’écriture sur le Web est-il devenu un luxe ? » qui est consulté avec régularité par les internautes qui font des recherches sur le Web avec les termes « vivre de l’écriture ». Et c’est au moins une fois par jour !
    J’ai déjà claironné que quasiment personne ne remet en question le budget lié au poste « charte graphique » d’un projet, s’il faut mettre quelques milliers d’euros, on ne regarde pas vraiment à la dépense, et pourtant, Dieu sait si dans ce domaine on voit des catastrophes et de mauvais professionnels, excuse-moi ! Mais il en est tout autrement du rédactionnel ! Ecrire, et particulièrement écrire pour le Web, n’a plus de valeur. Tout le monde peut « apparemment » écrire, donc « apparemment », cela parait facile. Il est très difficile aujourd’hui de vendre correctement son travail rédactionnel auprès de tous, sauf naturellement auprès de structures qui ont pignon sur rue et qui savent la valeur de l’écrit… Cette difficulté est assez récente, elle n’existait pas quand j’ai démarré en indépendante, il y a plus de dix ans… Certaines pratiques oui, ont décrédibilisé la valeur de l’écriture. Je suis désolée d’affirmer que nos confrères journalistes sont coupables de participer activement à la production de texte de qualité pour « rien » sur des sites comme celui que tu cites (et il y en a plein d’autres), pour une poignée d’euros, car ils se tirent une balle dans le pied…. entraînant la balle pour nous, consultant rédacteur indépendant, rédacteur indépendant, qui vivons AUSSI de notre plume !
    C’est l’éternel problème de la poule et de l’oeuf, qui est coupable ?

    J'aime

    • #4 par Isabelle Prigent le 3 octobre 2011 - 20:41

      Entièrement d’accord avec toi ! Mais peu importe de savoir qui sont les responsables de telles pratiques, l’important est de se battre pour que cela cesse ! Des starts-up commencent à faire appel à des spécialistes de la sémantique, pour créer des outils capables d’appréhender la qualité d’un texte. Espérons que c’est un mouvement de fond, qui redonnera à l’écrit ses lettres de noblesse. Je reste optimiste, car je me souviens d’une période pas si lointaine (j’étais au lycée) où l’on disait « l’orthographe, on s’en fiche ». Avec Internet, une bonne orthographe est de nouveau primordiale…

      J'aime

  3. #5 par Pascale Varenne le 3 octobre 2011 - 14:03

    Bonjour Isabelle,
    personnellement, travaillant en communication interactive, j’ai résolu le problème en combinant « assistance éditoriale » avec référencement naturel, donc un travail de sémantique sur les contenus qui mène à une réflexion en profondeur de l’entreprise sur ses fondamentaux. Là, le client comprend mieux la valeur de l’écrit. Je ne dis pas que c’est forcément bien vendu, mais, étant associé à la réflexion, le client se rend mieux compte du travail que cela représente. Et du coup, on est moins amenés à « brader » le poste rédactionnel…
    D’autant plus que Google, aujourd’hui, pénalise les sites qui proposent des contenus à faible valeur ajoutée (les « fermes de contenus »). Ce qui devrait en faire réfléchir plus d’un.
    Bonne journée.

    J'aime

    • #6 par Isabelle Prigent le 3 octobre 2011 - 20:57

      Bonsoir Pascale,
      Je comprends ton point de vue, mais cette pratique liée à internet de « textes à mots-clés » = « texte de qualité » pénalise justement fortement le rédactionnel des publications papier. C’est dans ce contexte que l’on entend affirmer « écrire une plaquette, ce ne doit pas être cher » (il n’y a pas de contenu à indexer, on peut écrire n’importe quoi ???).
      Quant à Google qui pénalise les sites dont les contenus sont à faible valeur ajoutée, c’est également un point abordé par l’article de Courrier International : Google gagne de l’argent pour chaque clic sur une publicité placée près des textes produits par les fermes de contenus /usines à contenus… Etonnant qu’il se tire ainsi une balle dans le pied ?

      J'aime

  4. #7 par Dan Foster le 1 mars 2014 - 09:24

    Bonjour,
    Merci pour cet excellent article.
    Je recherche une personne compétente dans la rédaction de contenus

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :