Ce qui se conçoit aisément s’énonce clairement

J’ai parfois du mal à exprimer mes idées de manière synthétique.

A l’écrit, aucun souci. Les mots s’alignent tout seuls, ma pensée rejoint instantanément le bout de mes doigts qui la retranscrivent dans le même temps sur le clavier. Je reviens rarement sur ce que j’ai écrit, non pas parce que je trouve cela parfait, mais parce que j’ai le sentiment en écrivant de réellement refléter ma pensée.

A l’oral, c’est beaucoup plus compliqué. Pas grave me direz-vous, les paroles s’envolent, les écrits restent. Mais pourtant, je suis souvent agacée, quand je veux convaincre un client de telle ou telle chose dont je suis persuadée du bien-fondé, de ne pas trouver les mots. Mes phrases s’étirent, les mots se perdent au milieu des « euh »,  je perds le fil,et je file… vers une conclusion que je n’ai pas justifiée. Mon client n’a rien compris, je suis très énervée, et finalement je dis « j’y réfléchis et je vous envoie une proposition par email ». Ce que j’aurais dû préciser d’emblée.

Pourtant, je ne veux pas renoncer, je veux maîtriser ces mots qui m’échappent, me narguent, partent et reviennent sans m’en demander l’autorisation… Alors je continue l’exercice de parler, inlassablement 😉

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  1. #1 par Anne de Rozières le 31 mars 2011 - 09:09

    Moi tout pareil comme toi !!! 😉

    A force de m’énerver sur ce que je considérais au premier abord comme un handicap, j’ai fini par me pencher sur la question… d’où j’ai tiré quelques hypothèses qui me semblent tenir la route (non non, je ne me jette pas de fleurs) :

    – très probablement, toi comme moi et comme beaucoup d’autres avons une intuition très forte avec en corollaire une pensée globale et rapide, au détriment de notre raisonnement cartésien : nous « sentons » la solution à un problème avant même d’en avoir posé les tenants et aboutissants. Revers de la médaille, le simple fait de devoir la démontrer par un cheminement logique nous demande un travail de la pensée considérable (et harassant), car il nous oblige 1) à revenir en arrière et 2) à « découvrir » en même temps que notre interlocuteur les éléments objectifs qui nous ont amenés à cette conclusion. Les cartésiens, eux, structurent d’emblée leur raisonnement en prenant les choses dans le bon sens ; nous, nous en sommes incapables, d’où, à l’oral, les mots qui s’emmêlent, les phrases qui s’étirent, le discours confus et peu convaincant… et l’énervement inhérent, qui n’arrange rien !

    – alors, pourquoi ça fonctionne à l’écrit ? A mon avis, parce que le fait de voir les mots posés devant soi fonctionne comme un guide (un peu comme une ligne blanche au sol pour les personnes qui ont un handicap visuel) ou comme un garde-fou, freine notre pensée toujours prête à s’emballer et nous met « dans les rails » du raisonnement cartésien au lieu de partir dans tous les sens.

    Tu dis que tu reviens peu sur ce que tu as écrit :
    – je suis sûre que c’est vrai sur le fond (ta préconisation sur un problème donné) et sur le lexique utilisé (parce tes mots, une fois posés, valident ta pensée),
    – mais, corrige-moi si je me trompe, je serais prête à parier que tu fais beaucoup de copiés-collés, que tu reviens « en spirale » sur tes recos pour en préciser et approfondir les points-clés… autrement dit que ta pensée fonctionne un peu comme un survol vu d’avion qui se précise au fur et à mesure que le sol se rapproche.

    C’est cette forme de pensée « survolante » qui rend nos discours confus. C’est un handicap à l’oral, mais c’est un atout à l’écrit… on ne peut pas tout avoir ! 😉

    Une dernière chose : ne lutte pas contre ta nature, sers t’en ! Plutôt que de blablater dans le désordre et de finir sur « j’y réfléchis », dis à ton client « j’ai très bien compris votre problématique et j’ai déjà mon idée de ce qu’il vous faut : le temps de vous mettre mes préconisations par écrit, je reviens vers vous demain (ou après-demain, ou dans 3 jours) ».

    Et là, tu lui ponds une reco brillante et tu te poses comme ultra-pro du début à la fin… 😉

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  2. #2 par Isabelle Prigent le 31 mars 2011 - 09:25

    Merci Anne de cet argumentaire brillantissime !
    D’ailleurs, en te lisant, j’ai honte de mon billet, et j’ai envie de le remplacer par ton commentaire, tiens 😉
    Tu as raison sur toute la ligne. Effectivement, ce que je « sentais confusément » c’est bien ce que tu exprimes ici, jusqu’aux « copié-collé » et au survol vu d’avion (incroyable, ça me rappelle même mes premiers « problèmes » de maths en CE1 : je trouvais très vite la solution, mais je n’arrivais pas à expliquer le raisonnement qui m’y avait menée, c’est donc un mode de pensée profondément ancré…).
    J’apprends pas coeur ta dernière phrase… et compte sur moi pour en faire usage :-))
    Encore merci Anne !

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  3. #3 par Anne de Rozières le 31 mars 2011 - 10:38

    U’re welcome… Encore un point commun entre nous ! 🙂

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  4. #4 par Laurence Perchet le 31 mars 2011 - 18:54

    Hello Isabelle,
    d’abord je dirai qu’il est difficile d’argumenter à l’oral en général, certains ont font leur métier (avocat par exemple 😉 ), et nous sommes dans une civilisation de l’écrit qui ne privilégie pas du tout ces exercices de style à l’oral. Même pendant nos études, les profs nous réclament des tartines d’exposés écrits, des mémoires et tout le tintouin ! Rarement, nous passons l’épreuve de l’oral ! Si, en fin d’année, au moment de l’examen final alors que nous ne nous sommes jamais entraînés avant à le faire !

    Dans les études que j’ai faites, c’était un vrai débat. Tu démarres une spécialisation d’avocat en maîtrise si je prends l’exemple de ce métier, donc après 4 années post-bac, et là tu dois non seulement être un bon expert dans ton domaine mais savoir argumenter et convaincre à l’oral ! Autant dire qu’il vaut mieux que ces dernières compétences soient innées chez toi !

    Quand je donnais des cours en communication, idem. J’expliquais aux jeunes qu’il fallait savoir s’exprimer et exprimer clairement sa pensée à l’oral pour convaincre son interlocuteur. Pas toujours simple hein…

    Personnellement, j’ai toujours été meilleure à l’oral qu’à l’écrit et assez paradoxalement, dans ce métier de communicante je ne fais qu’écrire, et parfois je trouve que c’est lourd, alors que j’aime bien exposer les choses à l’oral avec pédagogie. Et puis comme je suis perfectionniste, à l’écrit je reprends 10 000 fois et j’en fais peut être plus qu’il ne faut…

    Tout cela pour te dire que tes interrogations sont légitimes et partagées par beaucoup, car nous sommes tous dans le même bateau de la culture de l’écrit ! Et oui, et c’est aussi pour cela que tes clients te choisissent Isabelle.

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