Les maux/mots des Bleus

Hé, tout arrive, je me mets même à parler de football sur ce blog !

Ce week-end, nous avons fait un aller-retour en voiture en Bretagne et suivi quasiment en live à la radio les péripéties de l’équipe de France de foot. L’insulte, la conférence de presse du capitaine, l’intervention de Ribéry, l’altercation sur le Stade des Rêves entre le préparateur sportif et le capitaine, l’entraînement oublié…
Et j’ai été sidérée par les commentaires des journalistes ! France Info, France Inter, puis au retour M6 puis TF1, ils ont tous sans exception fait preuve de partialité. Ils ont jugé, faisant ressortir, au choix, haine, mépris, condescendance ou vieux restes d’admiration. Ils ont exagéré, extrapolé (ce qui en images s’est avéré être un face à face entre deux hommes, le capitaine et le préparateur, très énervé, qui fait de grands gestes, et un Raymond Domenech qui vient s’interposer, a été retransmis à la radio par « les deux hommes en sont venus aux mains et ont dû être séparés », puis quelques minutes plus tard, c’était devenu « une empoignade »).

Je ne m’intéresse pas au foot, mais suis attentive à l’actu. Donc évidemment, je n’ai pas pu rater ces deux dernières années les interventions narquoises, muettes, ou décalées (la demande en mariage, un summum du genre !) d’un Domenech détesté par la presse (mais il la déteste aussi, on ne sait donc pas qui a commencé le premier !), puis avant la Coupe du Monde, la pression qui montait envers les joueurs « immatures », « enfants gâtés », « individualistes », « pas soudés » (bizarrement, avant la Coupe du Monde 98, j’ai le sentiment qu’on avait à peu près les mêmes échos à propos d’un Raymond Jacquet montré comme un simplet et des joueurs ultra-prétentieux…).

Et voilà, la Coupe du Monde 2010, nous y sommes, et on a l’impression que l’heure a sonné de la vengeance des journalistes. Ils se sont fait mener en bateau, n’ont pas pu traiter l’info, sortir les scoops comme ils le souhaitaient. On les retrouve aujourd’hui avides de vengeance, prêts à faire feu de tout bois.

Pas un seul d’entre eux ne s’est contenté ce week-end de transmettre l’info. De manière neutre. C’est pourtant leur rôle, et notre langue est suffisamment riche pour pouvoir transmettre l’information de manière précise, nuancée. Pourquoi toujours vouloir pratiquer la surenchère ? Cet exercice de style qui est longtemps resté l’apanage des communicants, est aujourd’hui pratiqué par les journalistes de manière outrancière…
Et si les maux des Bleus étaient essentiellement un problème de mots ? 😉

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  1. #1 par Eric le 21 juin 2010 - 08:59

    Donc, c’est un lynchage médiatique pour les bleus?

    Petit lapsus: c’est Aymé, pas Raymond Jacquet 😉

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    • #2 par isabelleprigent le 21 juin 2010 - 10:06

      Bonjour Eric,
      Ce n’est pas seulement un lynchage médiatique : par leur attitude, les footballeurs ont largement prêté le flanc à la critique. Mais je regrette que les journalistes aient choisi eux-mêmes de juger, plutôt que de laisser les supporters se faire leur propre avis. Au final, les journalistes prennent tout le monde pour des imbéciles : les footballeurs, comme leurs lecteurs… Et comme vous le résumez très bien aujourd’hui sur votre blog à propos de l’Equipe, « peu importent les moyens, seuls comptent les résultats et les chiffres de vente ».

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      • #3 par Eric le 23 juin 2010 - 13:29

        Bien sûr! Le sport est porteur d’idéologie. Ou plutôt c’est la compétition sportive!

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  2. #4 par christel le 21 juin 2010 - 09:53

    Je ne suis pas forcément d’accord de ton analyse. Ce n’est pas pour défendre les journalistes mais il faut quand même reconnaître que ce qui arrive à l’équipe de France est burlesque. Les journalistes décrivent ce qui se passe. Sur France 2 par exemple, j’ai pu voir de superbes sujets, relatant exactement ce qui se déroule. Alors oui, après c’est un peu too much ?! La France vit au rythme des frasques des footballeurs alors que dans le Var, elle se noie dans l’indifférence de tout le monde. Mais ces choix en terme éditoriaux sont voulus par les Français. Rentrer dans un bar, les gens ne parlent que de ce fiasco footballeux ! Les médias en parlent. Trop, certainement car il y a une belle histoire de pognons derrière tout ca. Les droits de diffusion du foot scandaleusement élevés, les annonces publicitaires, les investissements financiers… Pourquoi ? ZERO : pas un match de gagné. Je crois bien que cela dépasse totalement des histoires de vengeance de journalistes. La une de l’Equipe est un peu too much mais elle n’a fait que mettre en avant un desaccord flagrant qui se ressentait depuis longtemps. Et je ne crois pas que les journalistes aient grand-chose à voir avec le fait qu’ils gagnent ou pas. Les commentaires diffusent une impression de mal-être et de consternation la plus totale. Ce qui est le cas pour pas mal de monde… Je crois…

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    • #5 par isabelleprigent le 21 juin 2010 - 10:18

      Tu as raison de défendre ta corporation 😉 Même si j’ai généralisé, il y a certainement des journalistes qui ont un comportement plus éthique dans cette affaire. J’ai cité TF1 et M6, qui en général ne sont pas avares de sensationnalisme.
      Cela dit, je ne pense pas que les choix éditoriaux soient faits par les Français ! Plutôt que de se jeter dans la mêlée avec des commentaires qui ne font vraiment pas avancer les choses (Anelka s’est fait virer à cause de la Une de l’Equipe, les journalistes lancent eux-mêmes la « chasse au traître »), ils feraient mieux justement se sensibiliser leur public aux événements importants : il est en effet scandaleux que les 25 morts dans le Var passent après 23 footballeurs incompétents dans les titres… Les journalistes ont pourtant l’entière liberté de leurs choix éditoriaux.
      En revanche, je n’estime pas qu’ils aient un jugement à émettre sur les aspects financiers qui entourent le football aujourd’hui : si les écrans publicitaires sont si chers, c’est parce que le public regarde. C’est la loi de l’offre et de la demande, que je n’estime pas critiquable, en tout cas, pas de la part des journalistes, car je ne vois pas en quoi cela les regarde, tout simplement !
      Désolée de me faire moraliste, mais si les footballeurs jouaient au foot, les journalistes transmettaient l’info et les spectateurs regardaient les matchs… Tout irait probablement pour le mieux dans le meilleur des monde 😉

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  3. #6 par Thierry le 21 juin 2010 - 10:30

    La distorsion du traitement de l’info par certain médias complique le problème depuis des années : TF1, comme partenaire de la FFF, par exemple n’est pas libre de faire ce qu’elle veut : Le J-M. Larqué de RMC n’est pas du tout le Larqué qu’on devine se contenir à la télé.

    Cela dit, la direction d’un groupe de jeunes, tous dans une situation financière extraordinaire ne doit pas être une sinécure.

    De mon côté, je suis entre rigolade (j’écoute les humoristes qui s’en donnent à coeur joie) et ras-le-bol : ce matin j’ai coupé la radio. Ce n’est que succession de gens qui se répètent :
    1° où est l’info dans tout cela ?
    2° une fête gâchée, ça me plombe le moral.

    Allez, je vous donne un vrai scoop : Ce qu’Anelka a dit à Domenech a été déformé par le bruit des vouvouzela : le gentil Nicolas a dit « On va se faire acculer, il faut plus de but ! » (source RTL)

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    • #7 par isabelleprigent le 24 juin 2010 - 22:25

      Excellent ton scoop 😉
      J’aime bien aussi « la direction d’un groupe de jeunes, tous dans une situation financière extraordinaire »… ce qui me fait penser (je passe d’un coq à l’âne) à un journaliste de Canal qui a dit que Gourcuff était détesté par les autres joueurs parce qu’il était « sérieux, poli et qu’il n’écrivait pas papa avec trois P »… Ce serait très drôle si ce n’était pas très vrai. Aujourd’hui, le simple fait d’avoir de l’argent donne au dernier des imbéciles tous les pouvoirs…

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  4. #8 par Pascal le 21 juin 2010 - 10:45

    Bravo Isabelle pour ce commentaire.

    On le sait tous, les trains en retard sont beaucoup plus excitants pour les journalistes que les trains qui arrivent à l’heure.

    Regardez la presse TV, lisez ou écoutez les journalistes, ils ne vivent que pour les informations « du pire ».

    J’ai réalisé cela quand (il y a 10 ans), après avoir fait un communiqué de presse sur l’embauche de 2.000 collaborateurs, l’information a été relayée par quelques lignes alors qu’au même moment, une entreprise licenciant 80 salariés faisait la une de tous les journaux.

    Seule la presse pro arrive à mettre en évidence des éléments positifs, les autres (sont-ils encore journalistes ?) ne cherchent qu’à trouver les mots pour vendre du papier ou de l’audience.

    Ce qui n’empêche pas, au niveau éthique, de se poser des questions sur le fond de cette histoire. Comment imposer le respect, par exemple dans les écoles, quand les stars surpayées (oui c’est un jugement), se comportent ainsi.

    Quid du respect, mais aussi quid du collectif, de la notion d’équipe, de la volonté de faire ensemble ? Je n’aime pas particulièrement le foot, mais comment ne pas vouloir qu’une équipe gagne avec un jeu collectif, d’autant que les joueurs pris individuellement sont plutôt bons ? Est-ce la faute de l’entraîneur ? J’en doute.

    Au niveau de l’entreprise, cette situation peut se transposer. Oui, il faut des hauts- potentiels, certes, mais encore faut-il qu’il y ait envie de partage de l’information, mutualisation des savoir-faire, et une vision commune.

    Allez, espérons tout de même que le spectacle du prochain match sera moins désolant que le dernier face au Mexique.

    Bon courage à tous en ce début de semaine,

    Pascal

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  5. #9 par christel le 21 juin 2010 - 10:50

    Désolée Pascal mais on n’est pas payé pour dire que ce qui arrange les entreprises. Notre job est de dénoncer, pas de bichonner… C’est justement la différence entre le journalisme et la communication.

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    • #10 par Pascal le 21 juin 2010 - 11:11

      Bonjour Christel,

      Je suis bien d’accord que vous n’êtes pas payé pour dire du bien des entreprises, mais je m’insurge sur le terme « dénoncer ».
      Pour moi un journaliste doit relayer l’information, l’analyser, la commenter avec impartialité.
      La définition de dénoncer est :
      1 – signaler un coupable
      2 – faire connaître publiquement en s’élevant contre
      Je pense que tu fais référence à cette seconde définition. Or « s’élever contre » implique une prise de position partiale, ce qui en me semble pas être la mission du journaliste.

      Mais je peux me tromper.

      PS : le ton est certes polémique, mais je communique via le blog d’Isabelle pour engager la discussion, pour échanger, et sans jugement de valeurs

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  6. #11 par Valérie Rocheron le 21 juin 2010 - 11:05

    La crise et la morosité qu’elle suscite entraînent un besoin de défoulement et de distraction, rôle attribué au football, sport très populaire. Les gens ne sont pas sensibles au drame du Var, parce qu’ils ne veulent plus entendre parler de problèmes, ils veulent rêver et s’évader. D’où le sentiment de frustration exacerbée provoqué par les Bleus, d’autant qu’au dernier Mondial, l’aventure avait été loin.

    Les journalistes ne font que refléter ce que tout le monde pense. Les Bleus sont des têtes à claques qui font honte à leur pays et déçoivent les supporters, la plupart sont des gens « simples » pour qui les Bleus représentent beaucoup. Voilà, c’est mon analyse du jour!

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    • #12 par Pascal le 21 juin 2010 - 11:17

      En effet, il faut relire le livre 1994… la dictature passe par la mise en oeuvre d’un mécanisme censé faire rêver les gens pour qu’ils ne pensent pas aux problèmes bien plus graves comme le Var. Ce mécanisme est et a toujours été le sport (y compris dans ce livre).
      Alors quand des enfants gâtés jouent les rebelles tout en ayant des résultats déplorables, ce sont les français qui trinquent.
      Et comme le temps est lui aussi maussade, la dépression ,n’est pas loin.
      Pour paraphraser : « le sport est l’opium du peuple » !
      Conclusion, vivement que le soleil et la chaleur reviennent, ca ira mieux !

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    • #13 par isabelleprigent le 24 juin 2010 - 22:16

      C’est une analyse intéressante Valérie 😉

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  7. #14 par christel le 21 juin 2010 - 11:23

    Je te rassure aussi je ne suis pas là pour défendre becs et ongles mes confrères du foot. Je ne veux absolument pas faire d’amalgames.
    Ta définition est la bonne. Mais je te retourne alors un sujet : comment être partial ?
    La neutralité dépend du rédacteur et est, à mon avis, quasiment impossible tant elle dépends de l’histoire de chacun. Les journalistes dans cette histoire ne sont pas le problème de la défaite des Français !
    Les jugements sur cette équipe de foot sont nécessaires pour remettre les pendules à l’heure. Il y a déjà eu trop d’excès. Quel patron tolèrerait de se faire insulter ? Aucun, que je sache. Alors oui, peut être que les journalistes en ont trop fait mais ce qui ressort de ce marasme, c’est que justement ils ne se sont pas laissés menés en pâture par la communication, pour une fois ! Finis les traitements de chouchous des médias… Quand les footballeurs critiquent les médias, cela me fait bien marrer. parce que sans ces médias, ils ne seraient RIEN ! Et ne gagneraient les folles sommes qui sont leur salaire.
    Alors oui, les journalistes jugent. Et heureusement encore ! Ce que dit Valérie est entièrement véridique : « Les journalistes ne font que refléter ce que tout le monde pense. Les Bleus sont des têtes à claques qui font honte à leur pays et déçoivent les supporters, la plupart sont des gens « simples » pour qui les Bleus représentent beaucoup. » Tout est dit pour moi…
    Et si les médias n’avaient rien dit, on les aurait alors accusé d’être des postiches à la botte de la FFF. Alors oui aux analyses des médias qui jugent forcément les bleus. Ils ne font que leur job !

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    • #15 par Pascal le 21 juin 2010 - 11:43

      Je savais bien que nous arriverions à un point d’entente 🙂
      Et tu as mis le doigt sur deux points importants :
      1 – Comment être partial ? C’est vraiment ce qu’il y a de plus dur pour un journaliste. Dans un monde idéal, l’article de presse devrait être décomposé en deux, en premier les faits, en second l’analyse du journaliste et là, on comprendrait clairement que l’analyse est une réflexion personnelle avec l’impartialité que chacun a en soi.
      2 – Tout à fait d’accord avec toi, les excès du foot présents, mais aussi passés, donnent envie de s’insurger et de dénoncer ( 🙂 ) ce monde qui est hors de la réalité du français « moyen » (je déteste cette expression, mais faute de mieux).

      Ce débat (que je trouve fort intéressant) me donne envie de te poser une autre question : le journaliste doit-il refléter ce que tout le monde pense ? Pour ma part, je n’en suis pas persuadé, mais cela serait une super question de philo pour le bac.

      Christel, pour quel support travailles-tu ?

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      • #16 par christel le 21 juin 2010 - 11:48

        Vaste débat captivant, je dirais… le journaliste doit-il refléter ce que tout le monde pense ? Je n’en suis pas du tout persuadé. Il doit défendre à mon goût ses choix rédactionnels. Je connais des journalistes qui défendent le luxe, d’autres pas. Certains défendent les footballeurs, d’autres pas. Tout est dans la manière d’argumenter et d’expliquer ses choix à mon avis.

        Pour ma part, je collabore pour des éditions spéciales du Figaro Magazine, Figaro Madame et l’Express et également, je travaille en indépendante en tant que rédactrice.

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      • #17 par isabelleprigent le 24 juin 2010 - 22:14

        Je suis d’accord avec toi, et j’aurais même tendance à être encore plus radicale : le journaliste ne doit surtout pas refléter ce que tout le monde pense… mais nous ouvrir de nouveaux horizons, proposer de nouvelles analyses, susciter le débat. Par exemple, j’ai suivi le procès Kerviel dans les Echos, et leur traitement de l’info est passionnant.

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  8. #18 par SW le 21 juin 2010 - 13:41

    … En tous les cas je viens de voir le zapping de Canal Plus quasi exclusif sur cet épique feuilleton, et sans commentaires, simplemenr mis bout à bout, les highlights du week-end nous laissent face à une sorte de « Foot Story » grotesque et pathétique.

    J’aurais moi-même beaucoup à dire sur les dérives des journalistes, et il ne me semble pas que ce soit avec ce qui se passe autour des bleus que cela soit le plus probant. C’est beaucoup plus grave et triste à chaque catastrophe (voyeurisme sans fin), avion qui se crashe (où sont les français ?…), analyses politiques au ras des pâquerettes (calées sur les petites phrases des uns et des autres…). J’en passe et des meilleures. Il y a même de très gros déçus du Monde, c’est dire !…

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    • #19 par isabelleprigent le 24 juin 2010 - 22:09

      Et quelques jours plus tard, le phénomène a encore pris de l’ampleur : après les journalistes, les politiques s’en mêlent…

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