Qui a reçu le mail de Laurence Parisot ?

Probablement toutes celles qui ont immatriculé leur entreprise à l’URSAFF et dans les différents centres de formalités des entreprises, en cochant « Madame » ou « Mademoiselle » à la case « civilité » !

Voici donc le mail que nous avons reçu hier à l’occasion de la Journée de la Femme :

« Chère Madame,

Aujourd’hui, nous fêtons la Journée Internationale de la femme. C’est l’occasion pour moi de rendre hommage au travail, au talent, et au courage que vous mettez au service de votre entreprise, de ses clients, des hommes et des femmes qui la composent.

Ce n’est pas toujours facile d’être une femme. La misogynie est souvent là. Nous l’avons toutes vue. Au moins une fois… Il est vrai qu’il faut parfois du temps pour la repérer, derrière un silence ambigu, un contrat perdu, une attitude hostile, une critique qui serait en fait un compliment si l’on parlait d’un homme.

Ce n’est pas toujours facile non plus d’être chef d’entreprise. Nous nous battons. Pour le carnet de commandes de notre entreprise, pour sa trésorerie, pour son projet. Nous nous battons comme jamais.

Mais la magie est là : de la combinaison de ces deux difficultés, vous faites quelque chose de formidable !
C’est pourquoi bien souvent vous êtes des modèles pour les plus jeunes. Vous conférez à la dignité de la femme un relief nouveau.

Soyez fière de vous et soyons fières les unes des autres !

Bien à vous,

Laurence Parisot »

Bon, merci. Merci, mais… plutôt que de nous inciter à la méfiance, en nous proposant d’aller chercher derrière des silences de la misogynie, ne peut-on pas mettre en avant le positif de la position de chef d’entreprise ? Et puis, franchement, je ne me reconnais pas du tout dans celle qui se bat comme jamais pour son carnet de commandes… Relativisons un peu ! Gagner sa vie est important, mais il y a dans la vie d’autres sujets qui méritent de se battre « comme jamais » 😉

Et puis c’est souvent bien plus facile d’être une « chef d’entreprise » qu’une salariée ! Un exemple basique :  si une salariée doit se justifier de sa situation familiale lors de tout entretien d’embauche (mariée ? enfants ? combien ? quel âge ? quel mode de garde ?) et ensuite quand elle doit poser une journée en catastrophe (« la varicelle », « une grève à la crèche »…),  cela n’entre jamais en ligne de compte quand nous sommes face à un client, même le plus macho du monde.
Je n’ai jamais ressenti aucune discrimination depuis que je travaille en indépendante. Au contraire, les hommes (pas mes clients, pour eux je suis la personne qui va les aider à avancer sur tel ou tel projet, peu importe que je sois femme ou homme –  mais ceux de mon entourage) me témoignent le plus souvent une admiration franche et sincère « bravo d’avoir franchi le pas, c’est courageux », là où certaines femmes voient plutôt le choix d’une dilettante qui croit gagner ainsi sur tous les tableaux « c’est bien pour les enfants, et puis ça te permet de rapporter un peu d’argent à la maison ». Et quand bien même je me sentirais discriminée, j’aurais le champ libre pour le signifier à mon interlocuteur indélicat, car « mon patron » ne viendrait pas me reprocher d’avoir fait échouer une affaire en or !

Quoi de mieux, pour celles qui l’ont choisi, de se sentir à la fois libre (de gérer ses horaires) et responsable (ce que je gagne, je l’ai vraiment mérité !). Je le répète : Chacun ses choix.. quand on a le choix de pouvoir le faire 😉

Et euh… je ne peux pas m’empêcher de faire ma mauvaise langue pour finir 😉 Franchement, si on instaurait une journée de l’Homme et que Bernard Thibault (bon, allez, je n’ai peut-être pas choisi le bon syndicat ;-)) leur envoyait un mail du style  « c’est bien les gars de vous battre pour votre business, continuez comme ça, vous êtes formidables ! » on croirait à une énorme blague, non ? 

Pfff… Il paraît que dès l’école, les filles travaillent pour faire plaisir à Papa-Maman, alors que les garçons veulent avant tout battre cet imbécile de Gégé à la prochaine dissert’.
Finalement, cette lettre est… un parfait exemple de discrimination machiste 🙂

Publicités
  1. #1 par Céline le 9 mars 2010 - 08:01

    Je suis tout à fait d’accord avec toi, Isabelle, lorsque tu dis que nous sommes moins discriminées en tant qu’entrepreneur plutôt qu’en tant que salariée.
    C’est la raison aussi pour laquelle je suis un peu septique face au mouvement des monpreneurs.
    Pour la première fois, un prospect m’a posé récemment la question de savoir si j’avais des enfants. Ce n’était pas une simple question de conversation et d’intérêt pour ma personne, mais bien de savoir si j’étais disponible ou non. Il venait de lire un article sur le télétravail des femmes à la maison…

    J'aime

  2. #2 par Raphaël Y. le 9 mars 2010 - 09:00

    J’ai eu le même sentiment que toi en lisant cette lettre : « un parfait exemple de discrimination machiste  »

    « Ce n’est pas toujours facile non plus d’être chef d’entreprise. Nous nous battons. Pour le carnet de commandes de notre entreprise, pour sa trésorerie, pour son projet. Nous nous battons comme jamais. »

    Je crois c’est le paragraphe le plus édifiant. Femme ou Homme tous les chefs d’entreprise rencontre des difficultés.

    Maintenant, cette notion de combat récurrent me parait sortir d’une autre époque ? J’ai l’impression que c’est une question génération, les femmes qui se sont effectivement battues pour leurs droits dans les années 60 à 80, sont encore dans cette notion « d’attaquer » les droit des hommes ? Alors que les générations suivantes « post 68 » sont plus apaisées sur ces questions et cherchent plus le consensus que le combat.

    J'aime

  3. #3 par Julie le 9 mars 2010 - 09:42

    Je suis complètement d’accord, en lisant cette lettre on croirait qu’on est de petites choses sans défense dans un monde cruel…Cela ne va pas aider les mentalités même si le geste est toujours sympa (on ne va pas lui lancer que des pierres).
    Je trouve aussi qu’il y a beaucoup moins de discriminations en étant entrepreneur que salariée…

    J'aime

  4. #4 par laurenceperchet le 9 mars 2010 - 12:53

    Je n’ai pas reçu le fameux mail de Laurence Parisot, Isabelle, et pourtant ça va faire presque 10 ans que je suis femme chef d’entreprise ! A mon avis, la catégorie auto-entrepreneur a eu droit à cette marque de… féminité !

    Ensuite, je suis d’accord pour dire que cette « gueguerre » entre homme et femme devient soûlante !
    mais j’irai dans un autre sens. Depuis que je suis installée, c’est plutôt la collaboration sur des projets avec des femmes clientes qui m’a posé des pb, quand il y avait un pb à gérer. Pas tjs très fair play, autoritaires, balançant leur stress comme jamais sur le prestataire, d’humeur changeante… je crois que j’ai déjà vu bcp de portraits dans le genre en 10 ans !
    Dans mon ex boite, quand j’étais salariée, 70% du personnel était féminin. Et bien ce sont deux hommes qui m’ont filé des promotions, et m’ont donné ma chance de faire mes preuves, à commencer par le DG ! … donc, on peut se poser des questions, en tout cas, moi, je m’en pose !

    Je suis désolée de dire qu’avec les hommes, en général, ça se passe plutôt bien sur les boulots : c’est carré, en général, mais pas tjs car personne n’est parfait, mais ça roule mieux je trouve, ils sont moins interventionnistes sur les boulots quand ils sont dans le haut de la hiérarchie, que les femmes aux mêmes postes…

    De plus, ils sont plutôt admiratifs de voir une femme se lancer seule dans l’entrepreneuriat…
    Bon, en même temps, si on parle d’égalité, il faut arrêter de dire que c’est bien de se lancer à son compte quand on est une femme, je suis d’accord…

    bref, on est toutes et tous d’accord pour dire qu’il faut arrêter de nous bassiner avec ces histoires de discrimination. que ce temps est peut être révolu ?

    J'aime

  5. #5 par Valérie le 9 mars 2010 - 13:33

    Si si Isa, tu te bats comme jamais pour ton carnet de commandes…
    c’est juste que tu ne t’en rends pas compte et heureusement que Laurence Parisot est là pour te le rappeler 🙂

    En revanche, je ne dois pas me battre assez fort car je n’ai pas reçu son mail non plus.

    Je m’en remettrai…

    J'aime

  6. #6 par isabelleprigent le 9 mars 2010 - 18:50

    Merci, j’ai bien ri en lisant vos commentaires !
    @Céline : je ne connais pas cet « effet pervers » des Mompreneurs ! Ton client croyait donc que tu t’occupais prioritairement de tes enfants en jetant de temps à autre un coup d’oeil à tes dossiers ? 😉 J’ai changé d’avis sur les Mompreneurs grâce à la vision « de l’intérieur » que m’en ont donnée Karine et Stéphanie, mais c’est vrai que ce que la presse laisse croire peut effrayer un client potentiel…

    @Raphael : je suis d’accord sur toute la ligne… Je fais partie des « apaisées » qui n’ont pas envie de se battre contre les féministes. Je leur reconnais leur rôle de pionnières, elles nous ont ouvert le chemin, merci, mais maintenant, nous pouvons continuer la route à notre guise…

    @Julie : mais bien sûr, nous sommes de petites choses sans défense, tu ne l’avais pas encore réalisé ? 😉

    @Laurence : ton commentaire m’évoque une conversation que j’ai eue… pas plus tard que ce matin ! Effectivement, je suis d’accord avec toi, les rapports entre femmes dans le travail sont souvent très compliqués. J’ai vécu les mêmes situations que toi !

    @Valérie : mais c’est bien sûr ! Heureusement que toi et Laurence Parisot êtes là pour me faire réaliser que ma seule ambition désormais est de me battre pour mon carnet de commandes. Un carnet de commandes bien rempli, et j’aurai réussi ma vie ! 🙂

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :