La famille et les hommes (par Raphaël Y.)

En réponse  à mon billet sur « l’entreprise et les femmes »,  Raphaël avait expliqué que les hommes étaient eux aussi confrontés à certaines problématiques… dans le domaine familial ! Je lui ai proposé d’en parler ici. Voici donc son billet. Merci Raphaël 😉
(NB : Et si vous souhaitez faire de même, n’hésitez pas à m’envoyer vos articles, je me ferai un plaisir de les publier !)

Ce billet est un commentaire approfondi au billet d’Isabelle sur «l’entreprise et les femmes».  Effectivement, on évoque souvent les difficultés que peuvent rencontrer les femmes pour trouver un équilibre entre l’entreprise et la vie famille, mais très rarement la position des hommes par rapport à leur famille. C’est pourtant, pour moi, deux choses qui sont profondément liées, j’y reviendrai par la suite.

Personnellement, je travaille en freelance depuis près de 10 ans et je m’organise de manière à pouvoir m’occuper de mes enfants et de la vie famille quotidiennement. J’accompagne mes enfants à l’école ou dans leurs loisirs et m’occupe régulièrement des courses et de la cuisine.
Et il y a des jours où j’ai franchement l’impression de passer pour un extraterrestre ! Cela passe par des détails : lors de l’inscription à la cantine, on demande à ma femme un justificatif comme quoi elle travaille ; moi, rien… A la sortie de l’école, une mère qui demande à mon fils ce que je fais comme travail, sous-entendu «il est chômage ? le pauvre…», ou de manière plus positive des amies s’adressant à ma femme «Tu as de la chance toi, ton mari est là pour t’aider !»

Pour confirmer, ce que l’on constate facilement, à savoir que les hommes passent plus de temps en entreprise et donc moins en famille, il faut regarder les statistiques de l’INSEE . Chez les cadres, la durée de travail est de 1 930 heures/annuelles pour les hommes contre 1 700 pour les femmes (en temps complet, 230 jours/an). Soit une heure de plus en moyenne par jour pour les hommes.

En France, il y a une pression sociale forte pour rester au travail. Il faut faire acte de présence, «sous surveillance», notamment chez les hommes qui n’ont pas «l’excuse» d’aller chercher les enfants. Accessoirement, cela explique aussi le faible développement du télétravail en France. Cette situation paternaliste ou scolaire est, à ma connaissance, une particularité française. Dans le monde anglo-saxon ou même en Allemagne, la journée de travail se termine à l’heure dite. Rester tard est signe de lenteur et de désorganisation.

Travailler en freelance permet d’éviter ces pressions sociales liées à un trop gros attachement affectif à une entreprise. On délimite mieux les deux mondes. Le travail est défini à chaque fois par une mission, un prix et un contrat. Si vous êtes présent dans les locaux d’une entreprise, c’est pour une raison donnée, une réunion, une séance de travail. Une fois le travail fini, vous repartez et tout le monde trouve ça normal. Cela me paraît plus sain comme relation.

Les articles parlent souvent du «plafond de verre» que les femmes ne peuvent pas franchir en entreprise, mais il faudrait surtout faire descendre les hommes de leur estrade. Déjà, comme se le demande Isabelle, tout le monde n’a pas pour seule ambition de siéger au Comex, même chez les hommes ! La parité dans les entreprises est souvent évoquée pour les salaires et les postes à responsabilité, mais ce n’est que le petit bout de la lorgnette. Il faudrait appliquer la parité, dans les deux sens, à tous les domaines : du congé parental, aux retraites, à la garde des enfants en cas de divorce,…

Par exemple, le congé paternité actuel est ridicule : deux semaines, et encore pas toujours prises. Sur deux semaines, il y en a une consacrée à la garde des enfants pendant que la mère est la maternité avec le nouveau-né, et juste une ensuite, pour l’aider quand elle revient à la maison. C’est plus que court ! En Suède ou au Danemark, le congé est d’un an à partager entre la mère et le père avec beaucoup de souplesse. Cela permet au père de s’approprier son rôle, de trouver sa place dans la famille et par rapport à ses enfants. Par la suite, il poursuit naturellement ce rôle et il ne devient pas le papa «qui rentre tard le soir, parce qu’il travaille».
Et à partir du moment ou l’équilibre famille/entreprise est respecté pour chacun, j’ai l’impression que l’on résoudrait beaucoup de disparités.

J’ai la chance d’avoir trouvé cet équilibre, mais encore une fois j’ai plus l’impression d’être une exception. Je vois mal, aujourd’hui, comment j’aurais pu faire cela en étant salarié. Bizarrement, il existe de nombreux réseaux de femmes qui se battent pour diverses causes, généralement pour «prendre» la place des hommes dans les entreprises, mais jamais pour «libérer» un peu de place aux hommes dans les familles !

Pour conclure, je vous propose un petit test : proposez à votre conjoint (ou conjointe) de faire «père au foyer» à plein-temps. Voyez sa réaction, imaginez la transition, la réaction des enfants, de l’entourage… J’aimerais bien connaître le résultat !

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  1. #1 par Luc le 2 février 2010 - 09:38

    Oh que j’aime ce billet…

    My two cents : dans ma dernière année de salarié j’ai demandé à passer à 80 % pour pouvoir garder ma fille le mercredi.

    On m’a dit que c’était compliqué parce qu’en tant que chef de projet il était difficile d’admettre que je ne puisse plus assister aux réunions le mercredi, que les projets risquaient de prendre du retard, etc…

    J’ai fait remarquer que pour ma collègue chef(fe ?) de projet et jeune maman ça n’avait pas posé de soucis à l’entreprise lorsqu’elle avait fait la demande.

    Il m’a été répondu – en off – qu’elle était la maman, et que c’était normal. Que juridiquement on ne pouvait certes pas me le refuser mais que pour des motifs de service ce droit pouvait être suspendu.

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  2. #2 par Thierry le 2 février 2010 - 12:08

    Merci Raphaël pour cet exposé, pertinent parce que factuel, plutôt que militant.

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  3. #3 par isabelleprigent le 2 février 2010 - 20:39

    Deux commentaires d’hommes sur un billet d’homme : bravo pour ce bel exemple de solidarité masculine ! (petite pique au passage : beaucoup de femmes gagneraient à être plus solidaires entre elles…).
    Luc, je trouve scandaleuse cette histoire de 4/5 ème accepté pour une femme, refusé pour toi, et ce dans les deux sens : on refuse à un homme ce qu’une femme obtient sans discuter, on l’accepte pour une femme parce que son rôle au boulot est moins important ?
    Raphael, j’ai fait le test de proposer à mon mari de prendre un 4/5ème (j’y suis allée mollo) : sa réponse immédiate « mais j’aime mon boulot » (bah, moi aussi !) et puis « j’suis pas très patient avec les enfants » (euh, moi non plus…), « mais… c’est vrai que j’aimerais passer plus de temps avec eux ». C’est probablement proche de la « réponse-type » des hommes salariés 😉

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    • #4 par Luc le 3 février 2010 - 08:20

      Je me souviens d’une discussion épique avec une copine très branchée « discrimination sexiste » qui me disait « tu vois, c’est de la discrimination, il n’y a que des sous-emplois à temps partiel pour les femmes », et à qui je répondais « tu vois, c’est de la discrimination, la Loi et l’Entreprise interdisent aux hommes de s’occuper de leurs enfants ».

      Nous ne nous sommes pas plaints à la Halde ni l’un ni l’autre, mais c’eut été drôle.

      Plus sérieusement, comme pour le « plafond de verre », il n’y a pas de Vérité absolue. Certaines professions, certains postes ou certains rythmes sont quasi interdits à l’un ou l’autre sexe mais on ne peut rien généraliser, et surtout pas sur un exemple.

      Quant au dénouement de cette histoire de 4/5, je n’ai pas lâché le morceau et l’histoire s’est terminée par un avenant de 6 mois à mon contrat et 3 mois plus tard j’ai été licencié … pour mon plus grand bonheur !

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  4. #5 par iergo le 3 février 2010 - 09:57

    Isabelle, je ne voudrai pas non plus semer la zizanie dans les couples ! Mais si ça trouve l’idée va faire son chemin, et dans 15 jours, 1 mois, il t’en reparlera…

    Luc, c’est malheureusement trop souvent que les entreprises méprisent la loi, à commencé par la durée de travail, notamment pour les cadres. Encore un avantage d’être Freelance, tu fixes combien temps tu travailles et pour combien d’argent !

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